Plus fréquent que les règles douloureuses, le phénomène des règles abondantes a lui aussi un impact significatif sur la santé des femmes, notamment la carence en fer et l’anémie. Explications avec le Pr Hervé Fernandez, gynécologue-obstétricien, professeur émérite et ancien chef de service à Bicêtre (AP-HP).
Vocation Santé : Sur quels critères peut-on qualifier les règles d’abondantes ?
Pr Hervé Fernandez : Les règles sont normales quand le volume de sang perdu ne dépasse pas les 80 ml par mois. Entre 100 et 200 ml de sang perdu, ce sont des règles abondantes. Il existe des éléments hyper-simples pour rendre un peu plus objectif ce qui paraît subjectif : le score de Higham (voir encadré) et le questionnaire du Dr Da Silva Filho (voir encadré).
Pour quelle raison ce sujet est-il si peu traité ?
Souvent, les femmes considèrent que « c’est peut-être normal ». Leur grand-mère, leur mère avaient la même chose et « n’en faisaient pas toute une histoire ». D’après l’enquête nationale R.E.D. réalisée par Ipsos-BVA [sondage mené auprès de 4 000 femmes âgées de 15 à 54 ans, NDLR], 70 % des femmes n’osent pas parler de leurs règles abondantes et ce pourcentage confirme ce que nous savions grâce à d’autres études. Dans ce même sondage, six femmes sur 10 disent avoir évoqué le problème à quelqu’un, mais la moitié n’en ont pas parlé à un professionnel de santé. Cela reste encore du domaine de l’intime. Or, c’est un phénomène qui est encore plus fréquent que les règles douloureuses mais qui est totalement méconnu, pas compris, et avec un tabou majeur.
Le saviez-vous ?
Aux JO de Paris 2024, certaines athlètes se sont exprimées sur leur refus de porter des tenues blanches.
Quelles sont les causes des règles abondantes ?
Chez les femmes plus jeunes (20–30 ans), le traitement hormonal peut parfois ne pas se faire simplement. De plus, l’augmentation de la malbouffe et l’obésité entraînent une hausse de la production d’œstrogènes (hyperœstrogénie), qui crée une muqueuse utérine plus épaisse, et donc des règles plus abondantes.
Autre cause, le syndrome des ovaires polykystiques peut lui aussi s’accompagner également d’une hyperœstrogénie, d’une muqueuse qui s’épaissit et de règles abondantes.
Pour les femmes plus âgées, nous observons d’autres pathologies : polype, fibrome, adénomyose. Les saignements en sont l’un des symptômes les plus fréquents.
Enfin, la maladie de Willebrand [trouble hémorragique héréditaire] est présente chez 10 % des femmes ayant des règles abondantes, particulièrement après 35-40 ans.
Quelles sont les principales conséquences des règles abondantes non traitées ?
Les règles abondantes entraînent fréquemment une carence martiale [un manque de fer] et une anémie [diminution des globules rouges dans le sang]. Deux études, Periopes et Carenfer, ont mis en évidence qu’en France, 20 % des femmes opérées en gynécologie étaient anémiées et 70 % avaient une carence en fer, ce qui augmente la mortalité et la morbidité des interventions. Avec des règles abondantes, les femmes ressentent une fatigue, un mal-être, et sont obligées de modifier leurs activités quotidiennes.
« Quel que soit le motif de la consultation, le professionnel de santé devrait toujours aborder la question des règles abondantes »
– Pr Hervé Fernandez
Qu’avez-vous appris de l’enquête R.E.D. ?
Les femmes qui ont des règles douloureuses sont encore plus nombreuses que ce que je pensais. Ce ne sont pas des idées, mais une réalité : on estime qu’elles sont entre 5 et 10 millions à y être confrontées en France. Or, le délai moyen du diagnostic de règles abondantes est d’au moins 3 ans. On doit donc gagner du temps sur ce diagnostic.
Que peut-on faire sur le plan médical face à des règles abondantes ?
Il existe des traitements hormonaux (la pilule en fait partie), des traitements anti-hémorragiques non hormonaux, et des traitements chirurgicaux relativement simplifiés. Des médicaments anti-hémorragiques, dont certains sont délivrés en pharmacie sans ordonnance, sont relativement efficaces, et diminuent d’environ 50 % le volume des règles.
Sur le plan chirurgical, nous pouvons retirer un polype ou un fibrome dans la cavité utérine, ou une muqueuse abondante.
Et au quotidien ?
Banaliser ce symptôme afin d’en faciliter la discussion. Quelle que soit la raison d’une consultation, les professionnels de santé devraient systématiquement interroger les femmes sur le volume de leurs règles pour leur permettre de s’exprimer.
Ce sujet est un angle mort de la santé des femmes…
Des sondages ou des enquêtes, comme R.E.D. d’Ipsos-BVA, montrent bien l’importance de la problématique. Nous n’avons donc aucune excuse. J’ai d’ailleurs été assez effaré d’entendre des personnes, y compris des femmes, dire « on ne va pas s’appesantir sur les règles des femmes ». C’est un peu dommage. Au contraire, il faut prendre conscience que c’est une vraie problématique, un enjeu de société.
Si la réponse est « oui » à 3 de ces 7 questions, les règles sont abondantes :
1. Vos règles durent-elles plus de 7 jours ?
2. Devez-vous changer de protection la nuit ?
3. Craignez-vous d’avoir des accidents liés au saignement ?
4. Les jours où vos règles sont plus abondantes, devez-vous changer de protection plus souvent que toutes les 2 heures ?
5. Perdez-vous de gros caillots de sang pendant vos règles ?
6. Vous sentez-vous faible ou essoufflée pendant vos règles ?
7. Évitez-vous les activités sociales ou planifiez-vous votre habillement en fonction de vos règles ?
Les outils pour évaluer le volume des règles :
Le score de Higham
Découvrez comment remplir votre fiche de score de Higham sur le site de l’Assurance maladie en cliquant sur ce lien.
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