Au lendemain de la présentation de la stratégie nationale Sport-Santé par le gouvernement qui ambitionne de lutter contre l’inactivité et la sédentarité des Français, zoom sur l’état de santé des enfants avec le Pr François Carré, cardiologue, médecin du sport et président du Collectif Pour une France en forme.
Vocation Santé : Un an après les JO de Paris, les jeunes Français sont-ils plus actifs ?
Pr François Carré : Une augmentation du nombre de licences, notamment de tennis de table ou de natation, a été observée en septembre 2024, mais l’essai ne semble pas se transformer puisque les fédérations ont pointé une baisse des renouvellements en cette rentrée 2025. En réalité, être le témoin d’exploits sportifs réalisés à la TV par des athlètes de haut niveau ne vous rend pas plus actif ni même sportif. Mais ne confondons pas activité physique et sport. Un enfant qui fait trois séances de foot par semaine peut être inactif et sédentaire le reste de la semaine.
Bouger au quotidien c’est marcher ou faire du vélo pour aller à l’école, monter l’escalier plutôt que prendre l’ascenseur, jouer au ballon avec les copains dans la cour, et tout cela peut s’ajouter à la pratique d’un sport… Selon la littérature et le suivi d’actimètres, près de 4 jeunes sur 5 n’atteignent pas les recommandations en matière d’activité physique, à savoir 60 minutes chaque jour. Aujourd’hui, un enfant de 7 ans passe plus de 50 % de sa journée assis sur une chaise. C’est totalement affolant !
4 jeunes sur 5
n’atteignent pas les recommandations en matière d’activité physique, à savoir 60 minutes chaque jour.
Pourquoi est-ce inquiétant ?
Peu de gens ont conscience que bouger est vital pour l’être humain. L’inactivité, c’est-à-dire le fait de bouger peu, et la sédentarité qui se caractérise par de longues heures passées assis, augmentent l’état inflammatoire de notre organisme ainsi que le stress oxydant qui font le lit d’au moins 40 maladies chroniques dont le diabète, l’obésité, les maladies cardiovasculaires… Cela diminue par ailleurs les défenses immunitaires, ce qui favorise les infections et chez l’adulte les cancers.
Mais le plus préoccupant est que ces conséquences terribles affectent déjà les jeunes générations. Le diabète de type 2 n’est plus une maladie rare chez les enfants, en lien avec une croissance rapide de l’obésité. Un article américain a d’ailleurs démontré que parmi les enfants de 6 à 11 ans en surpoids ou obèses, près de deux sur trois feront un accident cardiovasculaire avant 30 ans. Il faut agir et vite.
Quels sont les freins à l’activité des jeunes, selon vous ?
Les écrans y contribuent fortement. Les dernières données sont alarmantes : les jours d’école, les enfants de 3-5 ans passent plus d’1h devant les écrans, et les 9-11 ans plus de 2h30. C’est le double pour les ados ! C’est du temps qui pourrait être utilisé pour bouger, s’amuser dehors avec ses amis ou ses parents ! Mais nos ados nous le disent « ils ont la flemme », ils sont fatigués de ne rien faire !
Et malheureusement, beaucoup de parents ne font pas mieux… Proposer à un enfant de sortir se défouler pendant que l’on reste soi-même à la maison pour scroller sur son téléphone, cela ne fonctionne pas. C’est vécu comme une punition par l’enfant.
Quel est le rôle de l’école ?
Il y a un plus grand obstacle, et il est institutionnel. Le ministère de l’Éducation nationale méprise l’éducation physique et sportive (EPS) et ne croit pas la science quand elle dit que les enfants actifs ont de meilleurs résultats à l’école et ont une meilleure santé mentale. Pour preuve, les tests de capacité physique censés être déployés en 6e dès cette année ne concerneront que les collèges dont les enseignants et les enfants seront volontaires. Le gouvernement a aussi reculé sur les 2h d’EPS supplémentaires et seulement 42 % des écoles primaires ont mis en place les 30 minutes d’activité physique quotidienne, pourtant obligatoires. Quand il s’agit de rajouter des heures de maths à nos écoliers parce qu’ils ont un mauvais niveau, le ministère sait le faire appliquer alors pourquoi pas en EPS ?
Alors concrètement, comment augmenter le niveau d’activité des jeunes ?
Il s’agit d’adopter de nouvelles habitudes au quotidien. Par exemple, au lieu de dire à son enfant de sortir se défouler, aller bouger avec lui. Si possible aller à l’école à pied, ou à vélo, et si la voiture est nécessaire, ne pas se mettre en double file devant le portail, mais la garer à plusieurs centaines de mètres de l’école. Cela est vrai dès le plus jeune âge, un enfant de 4 ans ne doit pas être en poussette, il doit marcher, prendre les escaliers. Un enfant qui ne bouge pas sera un adulte qui ne bougera pas. Oui, les trajets seront plus longs, mais il en va de la santé de nos enfants et de la nôtre. Comme l’a dit le motivateur américain Jim Rohn « Prenez soin de votre corps, c’est le seul endroit où vous êtes obligés de vivre toute votre vie ».
Les filles hors-jeu
Le constat est sans appel : en matière d’activité physique et/ou sportive, les inégalités de genre sont profondes. Seulement un tiers des filles de moins de 18 ans atteint les recommandations en matière d’activité physique alors que la moitié des garçons bougent au moins 1 heure par jour. Le monde du sport est aussi éminemment masculin.
À peine deux filles sur cinq sont inscrites à un club, contre trois garçons sur cinq. Une désertion des terrains et des associations sportives particulièrement marquée à l’adolescence et qui se poursuit jusqu’à l’âge adulte.
Par Anne-Laure Lebrun
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