Sans gluten, sans lactose, sans sucre, sans viande… les régimes « sans » ont le vent en poupe ces temps-ci. Se lancer dans un régime restrictif a plusieurs origines. Cela peut faire suite à une intolérance, voire une allergie alimentaire, ou être un choix personnel. Mais n’y a-t-il que des bienfaits à ces tendances alimentaires ?
Le régime sans gluten
Le gluten est un groupe de protéines que l’on retrouve dans certaines céréales (blé, avoine, seigle, orge…). Il donne la texture élastique aux produits de boulangerie. Il y a trois pathologies qui découlent du gluten :
- La maladie coeliaque : également appelée intolérance au gluten, cette pathologie intestinale auto-immune entraîne une inflammation des villosités intestinales et donc une baisse de l’absorption des nutriments. Elle toucherait de 0,7 à 2 % de la population. La diarrhée est le symptôme digestif le plus fréquent, mais des douleurs abdominales et des gaz intestinaux peuvent également apparaître. Parfois, à cause d’une mauvaise assimilation, la personne perd du poids. Sinon, fatigue, aphtes, fractures et atteinte nerveuse sont courants. Tous ces signes varient d’une personne à l’autre.
– Si vous suspectez une maladie coeliaque, consultez votre médecin qui pourra prescrire une prise de sang recherchant des anticorps spécifiques.
- L’allergie au blé : cette maladie rare touche principalement les enfants. Cette réaction immunitaire, disparaissant avec l’âge, entraîne des rougeurs, de l’urticaire, des démangeaisons, des problèmes respiratoires, des symptômes digestifs et même, parfois, une perte de conscience.
- L’hypersensibilité au gluten : encore mal connue, elle se caractérise par des symptômes variés (céphalées, désordres intestinaux, fatigue, baisse de la sensibilité des membres, dépression…). Le diagnostic est difficile à poser, et ce sont souvent les personnes elles-mêmes qui s’autodiagnostiquent.
Le seul « traitement » de ces trois conditions est un régime strict sans gluten à vie.
Le régime sans lactose
Le lactose est un sucre contenu dans le lait et les produits laitiers. Afin que le lactose soit digéré, la lactase, une enzyme, doit être produite par nos intestins en quantité suffisante. Celle-ci casse le lactose en plus petites molécules pour qu’il soit plus facilement absorbé par les intestins. Si ce n’est pas le cas, des diarrhées, des gaz et des douleurs peuvent alors survenir (entre 30 minutes et 2 heures après l’ingestion) : il s’agit de l’intolérance au lactose. Il faut alors réduire son alimentation les produits en contenant (attention certains médicaments en possèdent dans leur composition).
– Les produits riches en lactose à éviter sont : le lait (de vache et de chèvre), le fromage blanc, la crème fraîche et les desserts contenant du lait (pâtisseries, crêpes…).
– Les yaourts, quant à eux, contiennent des ferments lactiques aidant la digestion, et sont donc mieux digérés.
– Tous les fromages ne contiennent pas du lactose ! Camembert, brie, cantal ou encore gruyère sont exempts de ce glucide.
– Il est possible de prendre des compléments alimentaires enrichis en lactase avant le repas, mais cela doit rester ponctuel. En cas d’intolérance, il est préférable au quotidien d’éviter le lactose sous toutes ses formes.
Le régime sans cuisson
Le crudivorisme, encore appelé alimentation vivante, est le fait de manger uniquement des aliments crus et de bannir tout type de cuisson. Les aliments garderaient alors leurs bienfaits nutritionnels et les vitamines en seraient préservées. En effet, une cuisson à haute température dégrade la vitamine C et certaines substances antioxydantes. Souvent inscrit dans un mode de vie écologique, il est difficile à suivre dans la vie de tous les jours et peut provoquer un isolement. De plus, les intestins ont plus de difficultés à digérer les fibres contenues dans les fruits et les légumes crus que lorsqu’ils sont cuits. La cuisson permet de détruire des bactéries ou des virus, et donc d’empêcher les intoxications alimentaires.
Il y a différents courants alimentaires dans le crudivorisme : les granivores (ceux mangeant majoritairement des graines), les liquidariens (ceux consommant quasi exclusivement des jus) ou encore les instinctos (ceux ne mélangeant pas les aliments entre eux).
Attention, ce régime est formellement déconseillé pour les enfants, à cause d’un risque de carence important et de dénutrition.
Le régime sans sucre
Le régime cétogène est la version extrême du régime sans sucre. Il est fondé sur la restriction en glucides (sucres) et l’augmentation de la consommation de lipides. Les glucides en tout genre sont écartés pour favoriser les protéines et les graisses, que ce soit des sucres lents ou des sucres rapides. De nombreux aliments doivent donc être écartés : le pain, les pâtes, les pâtisseries, les fruits, les pommes de terre, les céréales… Les glucides sont pourtant la première source d’énergie de notre corps, et en particulier de notre cerveau. L’organisme puise alors dans les réserves pour trouver des glucides (via le glycogène), puis il utilise les lipides lorsqu’il n’en trouve plus, provoquant une perte de poids. Cette consommation de lipides par le corps entraîne la formation de corps cétoniques, pouvant donner mauvaise haleine. Les premiers jours sont difficiles, car l’état provoqué de « cétose » engendre fatigue, toux ou encore maux de tête durant 1 ou 2 jours.
– Les bienfaits : selon quelques études, le régime cétogène permettrait de lutter contre le diabète et le cancer, et il provoquerait une réduction des taux de cholestérol et une perte de poids.
- Les risques : des carences en vitamines et minéraux et un risque de déshydratation.
Le régime sans produits animaux
Une personne suivant un régime végétalien refuse de manger tous les produits d’origine animale (chair animale, mais aussi lait, oeufs et miel) dans un objectif souvent éthique (bien-être animal). Il faut alors se procurer d’autres sources de protéines pour remplacer celles trouvées dans les produits animaux : soja, légumineuses (lentilles, pois), quinoa et graines (de lin, amandes) sont une alternative. Mais attention aux carences, surtout en vitamine B12, retrouvée principalement dans les produits animaux : la supplémentation est indispensable. Les minéraux, tels que le calcium, le fer ou encore le zinc devront également faire l’objet d’une surveillance. Pour commencer un régime végétalien dans de bonnes conditions, il ne faut pas hésiter à consulter un nutritionniste ou un diététicien.
– Ce régime est déconseillé aux personnes âgées, aux enfants et aux femmes enceintes.
Une suspicion grandissante
Actuellement, les supermarchés et magasins spécialisés regorgent de produits « sans » (gluten, lactose, 0 % de matières grasses), donnant l’impression aux consommateurs que ceux qui en contiennent sont mauvais pour leur santé. Il est difficile de faire la part des choses entre ce qui est scientifiquement avéré et ce qui est tendance. Dans la richesse des produits proposés, parmi lesquels il est alors compliqué de faire un choix, le fait d’exclure une catégorie d’aliments permet de restreindre les possibilités. Jean-Michel Lecerf, nutritionniste à l’Institut Pasteur de Lille, déclara lors du colloque Les alimentations particulières* : « L’omnivore est en perpétuel questionnement sur ce qu’il doit manger et ceci peut être source d’anxiété. »
Les risques
Si la personne est suivie par un spécialiste (nutritionniste, diététicien), les dangers sont minimes. Cependant, si le régime d’exclusion a été décidé seul, sans suivi adapté, des déséquilibres et déficits nutritionnels risquent d’apparaître.
Par exemple, les céréales contenant du gluten sont riches en protéines, fibres, vitamines B et oligo-éléments (zinc, fer, magnésium…), il faut alors savoir par quels autres aliments les remplacer pour ne pas souffrir de carences. De plus, les produits commercialisés étiquetés « sans gluten » sont souvent plus gras ou sucrés que les produits en contenant.
Malgré le fait que plus d’un tiers des Français sont aujourd’hui en déficit de lactase, la suppression de tous les produits laitiers est risquée : c’est une source importante en protéines et en calcium (attention aux fractures si déficit !).
Avec les récents scandales alimentaires (le lait infantile contaminé aux salmonelles, les lasagnes à la viande de cheval…), la nourriture devient soupçonnable. Les produits transformés se multiplient et la solution pour certains, afin de contrôler ce qu’ils mangent, est de bannir totalement un type d’aliments.
L’éviction d’une catégorie d’aliments doit normalement faire suite à un problème médical. Par exemple, une personne suivra un régime sans gluten si elle est atteinte d’une maladie coeliaque, ou un régime sans lactose si elle est intolérante. Car ces régimes d’exclusion, en plus d’avoir une influence sur la vie sociale, n’ont pas que des effets bénéfiques sur la santé.
* Organisé par l’Observatoire Cniel des habitudes alimentaires (Ocha)
La fin des repas de famille ?
Outre le fait de souffrir de carences alimentaires, les régimes d’exclusion peuvent entraîner un isolement social et engendrer des troubles du comportement alimentaire. Comme le dit Claude Fischler dans son livre : « Mangerons-nous encore ensemble demain ? »
À lire
Les alimentations particulières : mangerons-nous encore ensemble demain ? Sous la direction de Claude Fischler, édition Odile Jacob, 24,90 €.
Quelle est la différence entre allergie et intolérance ? Par quoi sont motivés ceux qui commencent des régimes sélectifs ? La recherche de la minceur a-t-elle une influence ? Vous trouverez les réponses à ces questions et bien d’autres informations dans cet ouvrage.
Par Léna Pedon





