La maladie d’Alzheimer est la pathologie neurodégénérative la plus fréquente. Elle façonne le quotidien des patients et de leurs proches et dégrade progressivement la mémoire ainsi que l’autonomie. Retour sur ce trouble, sa prévention et sa gestion.
En France, 900 000 personnes souffrent de la maladie d’Alzheimer. Selon l’Inserm, cette population pourrait doubler d’ici 2050. Alzheimer prend racine dans une dégénérescence progressive des neurones, entraînant des symptômes discrets au début, puis grandement handicapants.
Quels sont les premiers signes ?
Les symptômes de la maladie se diversifient et deviennent de plus en plus sévères avec le temps. D’abord légers : « en consultation, nous recevons des patients qui souffrent d’oublis dans le quotidien ou font répéter les informations auprès de l’entourage, expose le Dr Théophile Bieth, neurologue au CHU de la Pitié-Salpêtrière à Paris. Ils peuvent aussi évoquer des difficultés à se repérer dans le temps et dans l’espace », ajoute le spécialiste.
Les symptômes deviennent ensuite davantage visibles lorsque la maladie d’Alzheimer commence à affecter plusieurs régions cérébrales, le malade a des difficultés pour reconnaître son entourage et réaliser des tâches simples ou prendre des décisions.
Suivre une recette, conduire jusqu’à un lieu familier ou encore gérer son argent : toutes ces missions du quotidien deviennent alors laborieuses.
Quand la maladie atteint un stade critique et entraîne de multiples lésions cérébrales, le patient perd l’intégralité de sa mémoire et, souvent, son autonomie. Il risque de s’égarer en sortant de chez lui, souffre de troubles du langage et a des difficultés pour exécuter les gestes du quotidien.
« Il arrive que l’entourage des patients soit le premier à s’inquiéter des symptômes de la maladie. D’autant plus que les malades peuvent développer de l’anosognosie, un trouble neuropsychologique rendant le patient inconscient de sa condition », précise Théophile Bieth.
2 fois plus de femmes souffrent de la maladie d’Alzheimer.
Âge, génétique, environnement…
Plusieurs facteurs de risques sont impliqués dans l’apparition de la pathologie, l’âge étant bien sûr le premier facteur de risque. Selon l’association France Alzheimer, l’âge moyen du diagnostic de la maladie est de 73 ans.
Cependant, il arrive que la maladie apparaisse plus précocement : 9 % des malades ont même moins de 65 ans, selon l’Institut Pasteur.
Le terrain génétique est aussi impliqué dans la probabilité d’apparition d’Alzheimer, plusieurs gènes affectant la sensibilité à la maladie et, à l’inverse, d’autres participants à sa protection.
Au-delà de ces deux facteurs inaltérables, l’environnement agit aussi grandement sur le risque de développer une maladie d’Alzheimer. « Les facteurs de risques cardiovasculaires, la perte d’audition, de vision, une faible stimulation cognitive, surtout au début de la vie, ou encore le manque d’activité physique sont impliqués dans le risque d’apparition de la maladie », énumère Théophile Bieth.
Adapter ses habitudes de vie pour prévenir alzheimer
Quelques habitudes de vie peuvent aider à limiter les risques de développer la maladie, comme éviter l’alcool et le tabac, adopter un régime riche en fruits, légumes, poisson gras et oléagineux ou encore pratiquer une activité physique régulière.
De plus, certains troubles sont associés à l’apparition d’une maladie d’Alzheimer comme l’insomnie, l’apnée du sommeil, la dépression ou encore l’anxiété. Ainsi, leur prise en charge précoce peut, également, prévenir en partie l’apparition d’une maladie neurodégénérative.
Qui plus est, la réserve cognitive, c’est-à-dire la capacité du cerveau à maintenir ses fonctions, protège de la maladie. En boostant le développement neuronal via des activités créatives et intellectuelles dès le plus jeune âge, le cerveau disposera d’une réserve cognitive plus importante et stable.
« La rééducation est le principal pilier »
« La maladie d’Alzheimer est incurable, ainsi la rééducation pour entretenir les capacités cognitives et compenser les troubles associés est le principal pilier de la gestion de la maladie », souligne le Dr Théophile Bieth, qui ajoute qu’«un accompagnement social permet de sécuriser le patient et maintenir au maximum son autonomie ».
Les traitements médicamenteux servent principalement à atténuer les maladies associées comme la dépression. D’autres, plus spécifiques, comme les anticholinestérases, agissent sur les neurotransmetteurs impliqués dans les réseaux de la mémoire, de l’attention et de la concentration.
Cependant, ils ont montré une efficacité insuffisante, selon la Haute Autorité de santé et ne sont donc plus remboursés depuis plusieurs années. « Cela reste des médicaments que nous continuons à suggérer aux patients malgré tout, avec un maximum de précautions, car nous pensons qu’il est important de proposer toutes les pistes thérapeutiques », explique le neurologue parisien.
3 millions de Français sont affectés directement ou indirectement par la pathologie.
« Le premier traitement à montrer une efficacité »
Anticorps monoclonal, le lécanémab est un nouveau traitement qui agit, quant à lui, au cœur de la maladie, en détruisant l’une des protéines impliquées dans le développement de la maladie : la protéine amyloïde. « C’est le premier traitement à montrer une efficacité dans la réduction du déclin cognitif », se réjouit le Dr Théophile Bieth, qui tempère : « cependant, les effets indésirables restent non négligeables avec une possibilité de réactions hémorragiques ou d’œdème dans le cerveau ».
Bien qu’autorisée aux États-Unis, cette nouvelle thérapie n’a pas encore reçu d’autorisation à un accès précoce pour les malades, car la Haute Autorité de santé estime qu’il ne présente pas un rapport bénéfice/risque suffisant pour les patients.
« Nos voisins européens tendent à autoriser ce traitement et donc certains de nos patients sont prêts à aller dans un pays frontalier, pour obtenir le médicament », précise le neurologue.
«Il faut un budget conséquent pour se le procurer, le prix annuel est d’environ 24 000 euros, peu de gens peuvent se le permettre », se désole le Dr Bieth.
« Un accompagnement social permet de sécuriser le patient et maintenir au maximum son autonomie »
– Dr Théophile Bieth, neurologue au CHU de la Pitié-Salpêtrière à Paris
Par Corentin Bell
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