Véritable handicap, la myopie forte pourrait toucher une personne sur dix d’ici 2050 et survient très souvent dès l’enfance.
2% des Français souffrent de myopie forte, une pathologie qui pourrait concerner une personne sur dix dans le monde d’ici 2050. Derrière ces chiffres, un véritable enjeu de santé publique car la myopie sévère affecte la vie professionnelle, sociale, mais est aussi la 3e cause de cécité.
« La myopie sévère, c’est quand la correction dépasse -6,5 dioptries », explique le Dr Romain Nicolau, chirurgien-ophtalmologue à Paris et lui-même ancien grand myope. « L’œil s’allonge de façon pathologique : la rétine devient plus fine, plus fragile, et les risques de déchirure ou de décollement sont réels », poursuit le Dr Nicolau.
Et cette vision floue, très forte, n’apparaît pas à la vingtaine, mais bien dans l’enfance. « Généralement, la myopie sévère apparait très tôt, à la fin de la maternelle ou en début de primaire, même à partir de 3 ou 4 ans. Elle a une forte composante génétique, mais elle est aussi influencée par l’environnement », souligne le Dr Romain Nicolau. Le manque d’exposition à la lumière naturelle et le temps excessif passé sur les écrans participent à l’allongement du globe oculaire, principal facteur de risque.
Les différents degrés de myopie
Myopie légère :
dioptrie entre -0.50 et -3.00
Myopie moyenne :
dioptrie entre –3.00 et -6.00
Myopie forte :
dioptrie supérieure à -6.00
Des implants au secours des grands myopes
« Le premier réflexe, pour une myopie forte, c’est de proposer des lentilles », explique le Dr Ygal Boujnah, chirurgien ophtalmologue à Lyon. « On peut en prescrire dès l’âge de 6 ans. C’est souvent mieux vécu socialement que les lunettes épaisses qui isolent les enfants ». Certaines lentilles spécifiques, dites d’orthokératologie, se portent la nuit et remodèlent temporairement la cornée, permettant de voir net le jour. « Elles peuvent ralentir la progression de la myopie, mais au-delà de -6 dioptries, leur efficacité est limitée », précise-t-il.
Pour les cas plus avancés, le laser reste la technique la plus connue. « On va aplatir la cornée pour corriger le défaut visuel, mais on ne peut pas aller au-delà de -10 dioptries. Quand la myopie dépasse ce seuil, on pense à l’implant », détaille le Dr Ygal Boujnah.
Utilisé depuis 30 ans, cet implant baptisé Phake, agit comme une lentille de contact… Sauf qu’elle est insérée à l’intérieur de l’œil ! Plus précisément entre l’iris et le cristallin. « C’est une technique réversible et sûre. On garde le cristallin naturel, et si besoin on peut retirer l’implant sans séquelles. L’opération ne dure que quelques minutes, le patient peut reprendre son travail dès le lendemain », rassure le Dr Romain Nicolau, qui ajoute avoir déjà « corrigé des patients jusqu’à -27 dioptries ».
Des vies transformées
Vie sociale, vie scolaire, impact psychologique… La myopie forte ne se résume pas à un simple trouble optique. « Une fois opéré, c’est souvent beaucoup d’émotion notamment chez les plus jeunes : pouvoir retourner à la piscine, être plus à l’aise à l’école… », raconte le Dr Romain Nicolau.
Et l’ophtalmo sait de quoi il parle : « j’étais moi-même atteint de myopie sévère. À partir de 6 ans, tous les ans ma vue baissait de -0,75, se souvient le Dr Nicolau, qui s’est depuis fait poser un implant Phake. C’est dur dans l’enfance d’avoir un tel handicap, je passais ma vie chez l’ophtalmologiste et c’est pour ça que j’ai décidé de devenir médecin ! »
Reste un obstacle majeur à la pose d’implant : le coût. « Ce n’est pas pris en charge par l’Assurance maladie, mais les mutuelles peuvent parfois en prendre en charge une partie », souligne le Dr Romain Nicolau. Comptez environ 2 700 euros par œil.
Comment prévenir la myopie dès l’enfance ?
Prévenir la myopie, c’est agir sur le mode de vie des plus jeunes, bien avant l’apparition des premiers signes. « Le plus important est de limiter le temps d’écran et d’encourager les enfants à sortir, souligne le Dr Boujnah. Deux heures d’activité extérieure par jour sont idéales pour exposer l’œil à la lumière naturelle et freiner la progression de la myopie ». Aussi, « pensez à faire des pauses visuelles régulières : toutes les 20 minutes, lever les yeux et regarder au loin. Et apprendre aux enfants à garder une distance de lecture d’au moins 35 à 40 cm », ajoute-t-il. Dernier conseil, plus surprenant : « ne pas filtrer la lumière bleue, nous apprend le Dr Ygal Boujnah, car des études montrent que les filtres anti-lumière bleue pourraient faire augmenter la myopie ».
« Ils peuvent avoir tendance à plisser les yeux, à rapprocher les choses pour pouvoir les lire, mais aussi à manifester un échec scolaire. Enfin, les petits enfants myopes ont plus tendance à se frotter les yeux et à avoir des larmoiements »
– Dr Ygal Boujnah
Par Léa Galanopoulo
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