L’École des chiens guides de Paris, une association de loi 1901, accompagne, à ce jour, plus de 200 binômes maîtres-chiens guides. Ces compagnons offrent à la fois une autonomie renforcée et une présence chaleureuse. Plongée dans une institution de la formation de ces anges canins.
Dans un écrin de verdure, à la frontière entre l’excitation urbaine des rues parisiennes et le calme du bois de Vincennes, l’École des chiens guides de Paris abrite les lumières de nombreux malvoyants. Fondée en 1987, cette institution a permis à plus de 1 200 personnes de trouver leurs partenaires canins.
« L’utilisation d’une canne engendre un état de tension permanent »
Martine, masseuse-kinésithérapeute à l’AP-HP et retraitée depuis 2017, s’est tournée vers cette association il y a 45 ans. Aujourd’hui, elle est accompagnée de Rusty, un labrador au pelage ébène. « Rusty est mon cinquième chien : il est à mes côtés depuis 2022 », précise-t-elle.
Atteinte d’une rétinite pigmentaire, une maladie génétique dégénérative de l’œil, sa vision s’est fortement dégradée à l’adolescence. Lorsque sa pathologie a pris de l’ampleur, Martine a dû rejoindre une école spécialisée où elle a appris à se déplacer avec une canne. « Lorsque l’on utilise une canne, il faut gérer l’ensemble de son environnement, du matériel urbain aux voitures mal garées ; cela engendre un état de tension permanent », déplore-t-elle.
Chien guide : la clé de l’indépendance
Le chien guide était, pour Martine, une opportunité de s’essayer à un nouveau mode de déplacement. D’autant plus qu’elle avait déjà rencontré une personne bénéficiant de l’un de ces accompagnateurs à quatre pattes et qui « était d’une autonomie extraordinaire », se rappelle l’ex-masseuse-kinésithérapeute. Son choix s’est concrétisé lorsqu’elle a décidé d’avoir un enfant. Posséder un chien guide était un moyen de s’assurer suffisamment d’indépendance pour s’occuper de son bébé.
Après plusieurs entretiens avec l’École des chiens guides de Paris et la complétion d’un dossier administratif — regroupant certificat médical, habitudes de vie, profession, activités extra-professionnelles et sportives et situation familiale —, Martine, alors enceinte, a pu enfin rencontrer son potentiel partenaire canin.

« ce qui nous intéresse est de trouver le profil qui va s’accorder avec la personne, son quotidien et sa personnalité » – Stéphane, référent
« Trouver le profil qui va s’accorder avec la personne »
Certains critères sont déterminants dans le choix du chien. Son allure de marche doit être similaire à celle de son maître et son tempérament, adapté. « Nous avons une trentaine de chiens dans notre établissement avec des caractères différents », explique Stéphane, référent au pôle éducation de l’École des chiens guides de Paris et éducateur depuis 23 ans au sein de l’établissement. Il ajoute : « ce qui nous intéresse est de trouver le profil qui va s’accorder avec la personne, son quotidien et sa personnalité ».
Lorsque le compagnon est enfin choisi, la personne aveugle ou malvoyante passera 2 jours à l’école ou à domicile avec son ami à 4 pattes où ils apprendront à se connaître via des jeux, des séances de brossage et des balades.
15 jours pour renforcer le lien maître-chien guide
Pour renforcer le lien entre la personne déficiente visuelle et son partenaire, l’école organisera ensuite un stage de 15 jours en son sein.
Durant cette période, les comparses passent jours et nuits ensemble. Le nouveau maître du chien guide doit apprendre le vocabulaire mémorisé par son compagnon pendant sa formation et ils pratiquent de nombreuses activités. « Durant le stage, nous faisons beaucoup de balades, prenons les transports en commun et allons dans des magasins pour nous exercer en conditions réelles aux côtés de l’éducateur », décrit Martine.
Le dialogue entre le maître et son chien va aussi se développer. « Lors de sa formation avec son éducateur, Rusty a appris à distinguer les différents lieux en fonction de ce que je lui demande. Si je lui dis “pharmacie”, il m’emmènera à la pharmacie », souligne Martine.
« Il est toujours à mes côtés »
Après ces deux semaines de travail d’équipe intense, le maître et le chien ont trouvé une forme d’osmose, ils pourront démarrer leur nouvelle vie en commun et bénéficieront d’un suivi régulier pour maintenir les acquis lors de la formation.
La relation entre la personne déficiente visuelle et son compagnon va continuer de se développer avec les années. Le chien guide devient petit à petit un membre de la famille, une lueur toujours présente auprès de son maître et de ses proches. « Rusty va accompagner mon conjoint lors de ses footings, jouer avec mon petit-fils et je ne suis jamais seule, car il est toujours à mes côtés », se réjouit Martine en caressant son compagnon au regard ambré.
Une association qui ne vit que par ses donateurs
L’École des chiens guides de Paris élève, éduque et remet gratuitement aux personnes malvoyantes des compagnons canins. Ces activités représentent un coût important pour cette association. « Quand tout se passe bien, un chien nous coûte aux alentours de 25 000 euros », précise Stéphane. Ces dépenses sont financées en grande majorité par des dons, des legs et des partenariats avec des entreprises. Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site de l’association via ce lien. Vous pouvez faire un don via ce lien.
Par Corentin Bell — Photos : Mathéo Modol
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