Trop de boulot, du stress qui s’accumule, des nuits qui ne réparent plus et des douleurs au niveau de la mâchoire… Peut-être est-ce le signe que quelque chose ne va pas. Zoom sur le bruxisme, un phénomène pas si rare que cela.
Si l’expression « croquer la vie à pleines dents » reflète une certaine détermination, celle qui consiste à « serrer les dents » dénote plutôt d’un appel à réfréner ses émotions négatives. Ce qui n’est jamais bon signe. Les liens entre la sphère orale (bouche, mâchoire, dents) et les émotions ne sont pas seulement métaphoriques, de vrais mécanismes les expliquent.
Il arrive parfois que les dents grincent de manière involontaire. Ce phénomène se nomme le bruxisme, du mot grec brygmós signifiant littéralement grincement de dents. Et cela n’est pas si rare. Selon la Dr Gülay Akay, chirurgienne-dentiste et dirigeante du réseau international de cliniques Dentakay, entre 10 et 20 % de la population y serait confrontée.
« Pour la majorité des patients, le bruxisme se produit la nuit : cela peut être un problème lié directement au sommeil. Mais des patients ont aussi un problème de bruxisme en journée », illustre-t-elle. Alors, que se passe-t-il concrètement ?
80 %
Dans 8 cas sur 10, le bruxisme survient la nuit, selon l’UFSBD.
Il touche 10 à 15 % de la population française.
Les dents qui grincent
Le bruxisme est une contraction involontaire des mâchoires — la plupart du temps durant le sommeil, donc — qui peut entraîner une usure importante de la dentition. Il peut causer des douleurs au niveau des articulations temporo-maxillaires, celles de la mâchoire. « Le bruxisme peut aussi engendrer des maux de tête, des douleurs au niveau des oreilles, une hypersensibilité dentaire, etc., expose la Dr Akay. Les conséquences peuvent aller jusqu’à des fractures au niveau des dents ou encore des traces de morsures sur la langue ».
À plus long terme, bruxer peut aussi déclencher des « problèmes de posture », affirme la docteure. Lorsque la mâchoire se crispe, l’équilibre du corps compense. La tension initiale entraîne de facto une réaction en chaîne : les muscles du cou se raidissent, les vertèbres cervicales se bloquent puis, petit à petit, la courbure même du dos se modifie.
Des répercussions au niveau facial peuvent aussi survenir. « Le patient va présenter un visage un peu tombant, avec un élargissement » prend pour exemple la Dr Akay.
3 différents types de bruxisme
Une dimension psychoaffective
Quid du lien avec les émotions alors ? « La cause principale est le stress », répond la dentiste. Le bruxisme nocturne est en effet associé à des émotions profondes comme le stress chronique et l’anxiété prolongée.
En revanche, le bruxisme d’éveil semble principalement lié à des émotions immédiates telles que la frustration, la colère et la peur. « Quand on vit une émotion comme la peur, l’anxiété, etc., les muscles du visage, de la mâchoire vont être impactés en premier lieu. Cela est directement en rapport avec le système nerveux. Ces muscles-là sont ceux qui travaillent le plus », précise la dentiste. Les facteurs émotionnels expliquent en partie que les enfants soient davantage touchés que les adultes. Des émotions « à l’instar de la jalousie, avec la naissance d’un frère ou d’une sœur, ou les problèmes à l’école », détaille Gülay Akay, sont donc des causes explicables du bruxisme.
Parmi les adultes, les actifs (entre 25 et 45 ans) sont davantage touchés que les autres car le monde du travail est un environnement qui crée un stress plus intense dans la vie quotidienne. De plus, la consommation de certaines substances comme la caféine, l’alcool et la nicotine peut aggraver le stress, et donc les grincements de dents associés.
« Pour la majorité des patients, le bruxisme se produit la nuit : cela peut être un problème lié directement au sommeil »
– Dr Gülay Akay, chirurgienne-dentiste
Des indices à ne pas négliger
Durant le sommeil, le bruxisme passe parfois inaperçu. Pour ceux ou celles qui dorment accompagné·es, c’est bien souvent le ou la partenaire de lit qui sonne l’alerte. Le bruit des grincements interpelle.
Autres indices à prendre en compte : la fatigue au réveil, les douleurs (mâchoire, cou, etc.), les fissures dentaires, les traces sur la langue…
Si un doute s’installe, il ne faut pas hésiter à consulter un dentiste. Il pourra constater une usure prématurée de l’émail des dents. Le cas échéant, le professionnel de santé « pourra proposer des plaques de nuit, des gouttières. Elles vont empêcher le grincement nocturne des dents, évoque la Dr Akay. Du botox au niveau des muscles de la mâchoire, pour prévenir le bruxisme, peut aussi être proposé ». Outre son usage en chirurgie esthétique, la toxine botulique (botox) est une molécule qui, injectée dans le muscle, a pour effet de diminuer la force des contractions musculaires et de réduire ainsi les mouvements involontaires.
Cependant, ici, ce sont les conséquences qui sont traitées, et non les causes.
Apaiser le stress, gérer les émotions
Comme dit plus haut, le bruxisme comporte une forte composante psychoaffective. Une prise en charge au niveau émotionnel pourra donc être nécessaire, surtout si la gouttière ne suffit pas.
Consultation avec un psychologue, exercices de gestion du stress et des émotions, EMDR (mouvement oculaire rapide), méditation, thérapies cognitivo-comportementales… Plusieurs méthodes existent pour apprendre à mieux vivre avec ses émotions. Plus simplement, améliorer son sommeil, réduire les excitants ainsi que son temps d’écran en soirée permet déjà de diminuer le phénomène.
Toutefois, « si les dents sont trop abîmées, des traitements peuvent être mis en place pour restaurer et avoir une dent directement soignée, réaliser des plombages, etc., afin de combler la perte d’émail au niveau de la dentition », conclut Gülay Akay.
Par Sacha Citerne
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