Maladie respiratoire responsable d’une obstruction progressive, et en partie irréversible, des voies aériennes, la BPCO reste parfois méconnue. Comment reconnaître ses symptômes ?
Deux tiers des personnes atteintes de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) en souffriraient sans le savoir, selon l’association Santé Respiratoire France. Une maladie qui se manifeste d’abord par des difficultés respiratoires, un essoufflement, une toux grasse, et qui s’installent insidieusement.
“Les bronchites qui surviennent plus de deux fois par an ou dont les symptômes traînent pendant plusieurs semaines peuvent être des signes d’alerte de la BPCO.”
– Pr Nicolas Roche, pneumologue à l’hôpital Cochin
Ensuite, la maladie est souvent banalisée par les fumeurs. Et ses facteurs de risques autres que le tabac, tels que les polluants inhalés en milieu professionnel, sont fréquemment négligés.
Une évolution silencieuse
« Souvent, les patients ne se rendent pas compte qu’ils sont limités par leur souffle dans leurs activités, justifie le Pr Nicolas Roche, pneumologue à l’hôpital Cochin, à propos du sous-diagnostic. La maladie survenant à partir de 45-50 ans, les patients attribuent leur limitation à l’âge ou à leur consommation de cigarettes, sans supposer qu’il existe un facteur supplémentaire ». Notons que l’exposition au tabac, même passive, a un lien étroit avec la BPCO : 80 % des cas de BPCO sont attribuables au tabagisme, selon l’Inserm.
La BPCO est une maladie chronique inflammatoire des bronches qui, contrairement à l’asthme, ne se manifeste pas par des crises d’essoufflement, mais par une gêne respiratoire progressive.
Être attentif aux bronchites à répétition
Concrètement, toute l’architecture des poumons se transforme peu à peu. Les mécanismes physiopathologiques à l’origine de la BPCO concernent les parois bronchiques qui sécrètent le mucus et les bronchioles et alvéoles, ces dernières étant responsables de la majorité des échanges gazeux. Résultats : la respiration est rendue plus difficile et s’accompagne d’un essoufflement, dit « dyspnée » et d’une toux avec crachats. « Dans la définition d’une bronchite chronique, on parle d’une toux grasse, qui se produit quasiment tous les jours pendant plusieurs mois par an et plusieurs années de suite », détaille le Pr Roche.
La maladie est également rythmée par des épisodes d’exacerbation pendant lesquels les difficultés respiratoires s’alourdissent soudainement et peuvent persister plusieurs jours.
Autre manifestation à surveiller, les infections respiratoires à répétition : « Les bronchites qui surviennent plus de deux fois par an ou dont les symptômes traînent pendant plusieurs semaines, précise le pneumologue, peuvent être des signes d’alerte de la BPCO », souligne-t-il.
La prise en soin du souffle
Des traitements existent pour réduire l’essoufflement et améliorer la qualité des vies des patients : prescription de bronchodilatateurs, suivi des vaccinations contre la grippe, le pneumocoque et le Covid… Mais la première étape de la prise en charge demeure l’aide au sevrage de la cigarette.
Autre accompagnement : des programmes de réadaptation respiratoire qui consistent à améliorer la tolérance à l’effort ainsi que la santé globale des patients atteints de maladies respiratoires chroniques. Plus de 200 structures en France métropolitaines en proposent.
Reconnaître l’origine professionnelle de la maladie
Mis à part le tabac, qui est le premier facteur de risques à prendre en compte, d’autres sont à prévenir. D’après l’association Santé Respiratoire France, 15 % des cas de BPCO sont attribués à un facteur professionnel. Récemment, un rapport conduit par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a rappelé le lien entre les expositions aux vapeurs, particules, gaz et fumées et le développement de la BPCO. Ce sont, par exemple, des particules minérales (silice, charbon…) ou des particules organiques (végétaux, moisissures…).
« Ces expositions peuvent également, en combinaison avec le tabagisme, augmenter les risques de développer la maladie ou aggraver les symptômes chez les personnes déjà atteintes », détaille l’expertise collective.
Si la BPCO apparaît dans quelques tableaux de maladies professionnelles, l’Anses appelle à la création d’un support unique, pleinement consacré à la maladie et aux exposants à risques. Cela représente un pas de plus pour améliorer la reconnaissance de la pathologie.
Le tabac, principal ennemi du souffle
La fumée de cigarette est une véritable « soupe toxique » pour les poumons. Elle irrite la couche protectrice des bronches et détruit progressivement les alvéoles, favorisant la bronchite chronique ou l’emphysème pulmonaire. Le tabac joue donc un rôle majeur dans la survenue de maladies respiratoires comme la BPCO. Le risque devient significatif à partir d’un paquet de cigarettes par jour pendant 15 ans, selon Santé Respiratoire France.
Soigner le souffle autrement
Pour de nombreuses personnes atteintes de maladies respiratoires, la vie rétrécit autour de la peur de manquer d’air. « Avec la BPCO, les patients sont constamment limités par le souffle. Malgré les traitements, les médicaments, l’arrêt de la cigarette, les poumons sont détruits », explique Thomas Similowski, professeur de pneumologie à Sorbonne Université et directeur de recherche en neurophysiologie respiratoire à l’Inserm.
Limitation des efforts, ruminations, souvenir traumatisant d’un épisode d’exacerbation… Si le souffle empêche physiquement les patients, il est également synonyme d’angoisse. Les besoins des patients demeurent sous-estimés.
Que faire alors ? Concrètement, la mise en place de traitements des symptômes en tant que tels pourrait être améliorée. « Un certain nombre de traitements visant à “calmer le cerveau” pour soulager ces patients existent. Certains sont encore en recherche, d’autres ont des effets démontrés. Pour autant, ils sont extrêmement sous-employés », regrette le Pr Similowski en faisant référence à la thérapie cognitive et comportementale, aux pratiques de méditation ou à des dispositifs plus élémentaires. « De nombreuses études montrent que se projeter de l’air frais sur le visage avec un petit ventilateur soulage les patients. Cela leur permet de retrouver un état plus confortable […] et de calmer leur anxiété », justifie-t-il.
Évidemment, l’état des bronches reste inchangé. Là est le cœur du travail de recherche du professeur : distraire le cerveau de la préoccupation respiratoire, et réassocier le souffle à du positif.
Avec des collègues, il a notamment étudié l’effet du comportement empathique des soignants sur la difficulté respiratoire. « Dans un groupe, une personne avait une attitude indifférente envers les volontaires : elle était là uniquement pour s’assurer du bon déroulement de l’expérimentation. Dans l’autre, la personne avait le droit de s’intéresser aux patients qui présentaient des difficultés à respirer, de leur parler, de faire preuve de sollicitude », résume-t-il à propos du principe de l’étude publiée en 2024 dans la revue Psychophysiology. Résultat : témoigner de l’attention, de l’écoute et du soutien permet aux patients auxquels cela est destiné de mieux supporter l’inconfort de la dyspnée. Prendre en charge la BPCO passe donc également par une médecine que l’on qualifie « de la personne », qui consiste à s’intéresser au patient dans son intégralité.
3,5 millions
de personnes en France souffrent de BPCO
Source : Santé Respiratoire France
Les Superpouvoirs de la respiration, du Pr Thomas Similowski et Guillaume Jacquemont. Éditions Albin Michel, 2024. 21,90 €
Comment va votre souffle ?
La Fondation du Souffle a créé un quiz en ligne pour faire le point sur sa santé respiratoire. Découvrez le Soufflotest en cliquant sur ce lien.
Par Cléo Derwel
Heart
Haha
Wow
Yay
Sad
Angry


