Principal problème cutané des peaux foncées, l’hyperpigmentation post-inflammatoire demande une prise en charge spécifique, centrée à la fois sur l’inflammation et les taches brunes qu’elle entraîne.
C’est l’un des troubles dermatologiques les plus fréquents pour les peaux foncées – phototypes IV à VI selon la classification de Fitzpatrick –, et aussi l’un des plus impactants pour la qualité de vie : l’hyperpigmentation post-inflammatoire (HPI). Des taches brunes ou rougeâtres tenaces, qui apparaissent après une blessure ou une inflammation, avec un retentissement souvent très fort sur l’estime de soi. « C’est vraiment le problème numéro un des peaux noires ou métissées, l’un des premiers motifs de consultation en dermatologie », confesse Blandine Nguimbus, pharmacienne spécialisée en dermatologie et dermatologie sur peaux noires et cheveux crépus et fondatrice de l’organisme Nappy Corner, qui propose des formations professionnelles centrées sur les problématiques de ces peaux.
Le soleil, ennemi numéro 1
En cause, la très grande réactivité des cellules responsables de la pigmentation de la peau, les mélanocytes, naturellement plus actifs chez des personnes au phototype foncé, qui peuvent « surréagir » dans certaines situations. « Ce sont des cellules extrêmement réactives, détaille Blandine Nguimbus. À la moindre agression ou inflammation, elles vont fabriquer encore plus de pigments, ce qui donne ces taches visibles à la surface de la peau ».
Derrière ces taches se cachent des dermatoses comme l’acné ou l’eczéma, mais aussi certaines lésions, boutons, coupures lors du rasage, piqûres, brûlures, qui peuvent également laisser une marque visible sur la peau, mais surtout le soleil, principale cause d’HPI.
Premier réflexe préventif donc : une bonne protection solaire ! « Un indispensable » pour Blandine Nguimbus, car le soleil est à la fois un facteur déclencheur et aggravant de l’hyperpigmentation, puisque les rayons UV stimulent les mélanocytes. Ainsi, une bonne protection solaire permettra d’éviter l’hyperpigmentation dite photo-induite, et en même temps, sera essentielle pour éviter que les taches déjà présentes ne s’intensifient davantage ».
Pour les peaux noires et métisses, il est préférable de conseiller une protection contenant des filtres chimiques, en raison des traces blanches, parfois inesthétiques que peuvent laisser les filtres minéraux sur les carnations foncées. « Ce sera non seulement plus agréable pour le patient, mais cela facilitera aussi la bonne adhésion et l’observance, car la crème doit être réappliquée toutes les deux heures », rappelle Blandine Nguimbus.
Traiter la cause de l’inflammation
Autre cause fréquente d’HPI, l’acné devra aussi être prise en charge pour que le traitement soit pleinement efficace. « Il faut bien entendu traiter les taches présentes, mais aussi éviter que de nouvelles apparaissent, détaille Blandine Nguimbus. C’est parfois un motif d’incompréhension pour les patients, qui consultent très souvent pour un problème d’hyperpigmentation et repartent de chez leur médecin avec une prescription anti-acné sans vraiment comprendre. Pourtant, la prise en charge de la source de l’inflammation fait partie intégrante du traitement, au même titre que la protection solaire et la routine dermo-cosmétique antitache ».
Cette routine est à adapter en fonction de la nature de l’inflammation et du type de peau, mais comprendra au moins un nettoyant doux, un sérum antitache, un hydratant et une protection solaire. Au niveau des actifs dépigmentants, l’acide azélaïque est particulièrement apprécié pour ses propriétés anti-inflammatoires et sa bonne tolérance, notamment sur les peaux à tendance acnéique. La niacinamide, pour son rôle apaisant, l’acide tranexamique, la vitamine C, et les acides de fruits sont également recommandés. « Attention à ne pas multiplier les actifs, surtout en cas d’acné, car leur association peut s’avérer irritante et finalement aggraver l’hyperpigmentation », recommande Blandine Nguimbus. De même, les gommages mécaniques, à gros grains sont à prohiber. En revanche, une exfoliation douce, enzymatique ou chimique est recommandée, mais pas plus d’une fois par semaine.
les soins antitaches sont-ils adaptés aux peaux foncées ?
Une attention particulière doit être portée à la formulation du soin antitache. « Il faut éviter tout ce qui peut être irritant pour la peau et potentiellement déclencher une hyperpigmentation, comme l’alcool ou certains parfums qui peuvent être allergisants, préconise Blandine Nguimbus, et privilégier, si possible, les produits à l’efficacité clinique prouvée sur les phototypes foncés ». Ce qui n’est pas forcément le cas de tous les traitements antitaches disponibles, bien que beaucoup aient été validés par l’usage. « Pour parler d’efficacité sur les phototypes foncés, idéalement, le produit doit avoir été testé cliniquement, avec un avant/après et une mesure d’efficacité sur ce type de peau ; or, aujourd’hui, ce n’est pas toujours le cas », regrette Blandine Nguimbus.
Pas toujours cliniquement éprouvé
Ainsi, plusieurs laboratoires dermo-cosmétiques ont pris le contre-pied, et ont fait de cette inclusivité un véritable leitmotiv. C’est le cas de Nubiance, qui revendique des solutions « adaptées aux besoins réels des phototypes III à VI » ; de Nuhanciam, qui se présente comme « la seule marque skincare qui couvre tous les phototypes de I à VI » ; d’In’oya qui, à sa création, en mars 2011, s’était fixé l’objectif de « mettre en place le premier soin antitache dermo-cosmétique efficace et sans effets secondaires, qui tient compte des gènes spécifiques aux peaux noires, mates et métissées », ou encore du Laboratoire Château Rouge dont « les produits sont testés sur des volontaires dont le phototype va de IV à VI, par un laboratoire indépendant ».
Plusieurs laboratoires dermo-cosmétiques suivent le pas. Ainsi, le leader du segment antitache, Caudalie, dont le sérum Vinoperfect a été testé sur phototypes de IV à VI, du laboratoire ACM dont le sérum concentré intensif antitache Dépiwhite a été analysé sur des phototypes de II à V, ou encore de Topicrem dont le lait unifiant ultra-hydratant Mela a été étudié sur des sujets de phototypes V et VI.
« L’évolution se fait dans le bon sens, se réjouit Blandine Nguimbus. C’est vraiment une réflexion globale qui doit être menée de la part des laboratoires sur le mécanisme de la problématique et sa compréhension. L’exemple le plus marquant est celui des crèmes solaires, qui protègent des coups de soleil, alors que finalement, en fonction de la couleur de peau, les problématiques sont différentes. Il est encore rare de voir mis en avant le rôle néfaste des UV et de la lumière bleue dans l’hyperpigmentation, même si certaines marques commencent à le faire ».
« Il faut éviter tout ce qui peut être irritant pour la peau et potentiellement déclencher une hyperpigmentation, comme l’alcool ou certains parfums qui peuvent
être allergisants »
« Attention à ne pas multiplier les actifs, surtout en cas d’acné, car leur association peut s’avérer irritante et finalement aggraver l’hyperpigmentation »
– Blandine Nguimbus, pharmacienne
Par Julien Dabjat
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