Avec l’arrivée du printemps et des beaux jours, les yeux peuvent être plus sensibles, gênés par les pollens, sujets à des orgelets ou des chalazions, éblouis par le soleil…
Le Dr Mikael Askil Guedj, ophtalmologue à Paris, rappelle les bonnes pratiques à adopter pour y voir clair et prendre soin de sa vue.
« Au printemps, j’ai souvent une petite boule sur la paupière. Mon pharmacien m’a dit que c’était probablement un chalazion. Pourquoi cela revient-il à cette période ? Est-ce lié aux pollens ? Comment faire pour que cela parte ? »
Mathilde, 54 ans
Mikael Askil Guedj : Le chalazion est comme un gros point noir coincé sous la paupière, qui n’arriverait pas à s’exprimer. Le plus souvent, il ressemble à une boule, indolore, sous ou en bordure de paupière, due à l’obstruction d’une ou plusieurs glandes de Meibomius, qui sécrètent le meibum, le gras de nos larmes, en bordure des cils. Lorsque ces glandes se bouchent comme un tube de dentifrice dont l’extrémité a durci, le meibum s’accumule et forme une boule, plus ou moins grosse, plus ou moins douloureuse si elle s’enflamme, ce qui peut rendre la paupière très rouge et gonflée. Cela n’est pas infectieux, donc non contagieux ; c’est purement mécanique.
Le lien avec le printemps n’est pas direct, mais ce qui génère la sécheresse (surchauffer sa chambre, pollution, écrans) ou l’inflammation (rosacée oculaire, blépharites diverses, et possiblement les allergies saisonnières) peut favoriser l’inflammation des glandes de Meibomius, et indirectement la fréquence de vos épisodes. Pour réduire un chalazion et le faire disparaître, la méthode est longue et fastidieuse. Plusieurs fois par jour, appliquez une serviette imbibée d’eau très chaude sur la paupière pour ramollir le meibum durci, puis massez fermement sur le bord de la paupière pendant quelques minutes pour favoriser le drainage du meibum ramolli. Dans la majorité des cas, maintenir une bonne hygiène des paupières suffit à traiter un chalazion, et à prévenir les récidives en se massant de temps en temps. Si le chalazion est trop gros ou trop douloureux, des corticoïdes en pommade ou en gouttes vont diminuer l’inflammation, mais toujours associés aux massages.
« J’ai un gonflement rouge et douloureux à la paupière, comme un grain de sable dans l’œil. Est-ce un orgelet ? Comment le soigner rapidement ?»
Pierre, 35 ans
Mikael Askil Guedj : Non, un orgelet est un furoncle blanc autour d’un cil. Contrairement au chalazion, il s’agit d’une infection bactérienne, à Staphylocoque, de la base d’un cil, ressemblant à une petite pyramide blanche centrée par le cil. Un orgelet est douloureux, contagieux, parfois purulent, et se traite par une pommade antibiotique.
Dans votre cas, une paupière rouge et gonflée avec une sensation de grains de sable, ressemble à une conjonctivite banale – virale, bactérienne ou allergique –. Dans tous les cas, il faut rincer souvent, au sérum physiologique, bien vous laver les mains pour ne pas la transmettre à tout le monde (ou à votre autre œil) si elle est infectieuse, ajouter parfois une goutte antibiotique si elle est très sale, et être patient…
« Chaque printemps, mes yeux deviennent rouges, démangent et larmoient. Est-ce forcément une conjonctivite allergique ou une infection ? »
Laurent, 30 ans
Mikael Askil Guedj : Les symptômes des conjonctivites se ressemblent souvent avec des larmoiements, rougeurs, irritations ou sensation de grains de sable. Néanmoins, certains signes orientent vers une origine allergique : les démangeaisons, majeures, souvent bilatérales, le larmoiement clair, non purulent, avec le nez qui coule (rhinite, « rhume des foins »), les paupières gonflées, et le contexte saisonnier (pollens au printemps, graminées en été / automne) très évocateur. Différents types de conjonctivites allergiques existent : perannuelles, aux acariens ou aux poils d’animaux, notamment les chats, ou atopiques sur un terrain asthmatique ou eczémateux.
À l’inverse, une conjonctivite infectieuse, virale ou bactérienne, est très contagieuse, parfois purulente, avec des cils collés par les sécrétions, d’abord unilatérale, puis passant volontiers à l’autre œil ou à l’entourage si on ne se lave pas les mains en permanence.
« Je passe mes journées sur écran. La lumière bleue abîme-t-elle vraiment les yeux ou cause-t-elle juste de la fatigue ? Peut-on vraiment se protéger ? »
Hadrien, 25 ans
Mikael Askil Guedj : Pas vraiment hélas… et vous n’êtes pas le seul. La plupart des gens passent la quasi-totalité de leur temps de travail et de loisirs sur des écrans.
Si cela nous rend myopes forts, fatigués, irritables, et de moins en moins attentifs, la lumière bleue des écrans n’a pas prouvé sa toxicité sur la rétine de l’adulte sain à long terme.
Les écrans causent surtout une fatigue visuelle – yeux secs car on cligne moins, maux de tête car on doit rester très concentrés et focalisés de près pendant longtemps, ce qui est un grand malheur chez l’hypermétrope – mais personne ne connaît encore avec certitude les effets toxiques directs du rayonnement bleu (courtes longueurs d’onde) au long cours.
En pratique, ce qui est utile : faire des pauses régulières, regarder au loin face à une fenêtre ; cligner des yeux ; ajuster la luminosité (par exemple, en utilisant avec un filtre pour écran de type « f.lux»).
« En vacances au soleil, comment protéger les yeux de mes trois enfants ? Quels sont les risques sans protection ? Que faut-il faire ? »
Franck, 40 ans
Mikael Askil Guedj : On dit souvent que cette protection est essentielle chez les plus jeunes car les effets des UV s’accumulent au fil de la vie. Sans cela, l’exposition aux UV peut causer des irritations aiguës (kératite, surtout au ski avec la réverbération sur la neige), et à long terme, favoriser certaines maladies oculaires, des lésions cutanées, des irritations de la cornée… Mais comme nous nous protégeons maintenant presque trop et que la lumière naturelle ne rentre quasiment plus jamais dans nos yeux, nous devenons tous de plus en plus myopes. Il est donc aujourd’hui conseillé de faire lire à la lumière du jour les grands enfants et ados, surtout s’ils ont tendance à devenir myopes, pour que la lumière naturelle stimule la synthèse de dopamine au niveau de la rétine, ce qui freine une croissance excessive du globe oculaire responsable de la myopie. Quelques règles simples pour l’été : le port de lunettes de soleil avec filtre UV certifié (UV400), c’est-à-dire des verres de classe 3 ou 4 (CE, enveloppantes, 100 % UV), mettre un chapeau à larges bords, éviter l’exposition aux heures les plus fortes de la journée (10h-17h).
Le saviez-vous ?
Les verres de lunettes dits « anti‑lumière bleue » filtreraient 20 % à 40 % de celle-ci et peuvent, dans certains cas, améliorer le confort, sans preuves solides sur la prévention rétinienne, et leur bénéfice médical reste largement débattu.
Propos recueillis par France Delory – Illustrations ©Anaïs Lailler
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