Il peut être tentant de répondre au chant des sirènes en matière de beauté mais les notes, aussi belles et prometteuses soient-elles, peuvent être bien trompeuses quand elles ne sont pas dangereuses ! Retenons que l’on a qu’un seul visage, qu’un seul corps, et qu’on les a pour la vie. Ne les confiez donc pas à n’importe qui !
Botox « à domicile », injections d’acide hyaluronique en appartement, influenceuses ou youtubeuses devenues praticiennes… Les propositions fleurissent sur TikTok, Instagram ou Snapchat, affichant des tarifs attractifs et promettant des résultats immédiats.
Néanmoins, cette recherche de beauté à petit prix, s’adressant à un public de plus en plus jeune pour combler quelques rides, repulper les lèvres ou augmenter le rebondi des fesses, a un coût, celui du danger.
Botox et acide hyaluronique : quelles différences ?
• La toxine botulique ou botox agit de manière préventive et temporaire sur les muscles permettant de les « défroisser ». Elle lisse, par exemple, les rides d’expression (front, pattes-d’oie…), sans combler le volume.
• L’acide hyaluronique est plus un produit de comblement qui reconstruit et hydrate la structure cutanée. Il comble les creux ou pertes de volume (lèvres, sillons nasogéniens, joues…), sans bloquer les mouvements musculaires.
Une offre illégale et des complications
Les injections à visée esthétique à base de toxine botulique ou d’acide hyaluronique ne sont pas des actes de confort, anodins, mais des actes médicaux exposant ceux qui les pratiquent de manière illicite à des poursuites pénales pour exercice illégal de la médecine. On parle ici des « fake injectors », ces personnes non qualifiées et non autorisées qui pratiquent des injections esthétiques sans la formation, l’expertise ou la supervision appropriée.
Ces individus peuvent opérer dans des environnements non stériles, utiliser des produits de qualité inférieure, ou même employer des substances dangereuses, mettant ainsi en danger la santé et la sécurité des patients.
Un décret publié en mai 2024 (NDLR : Décret n° 2024-490 du 29 mai 2024 relatif à la vente de dispositifs contenant de l’acide hyaluronique sous forme injectable. legifrance.gouv.fr) rend pourtant obligatoire une ordonnance pour obtenir des produits injectables à base d’acide hyaluronique, mais la demande se maintient, l’offre illégale s’adapte et les complications augmentent.
« Les injections à visée esthétique ne relèvent pas de l’esthétique commerciale mais de la médecine, avec les responsabilités, les compétences et les exigences que cela implique »
Nécroses, infections, déformations irréversibles…
Les dermatologues et chirurgiens plasticiens observent en effet une hausse des dommages graves liés à l’utilisation de produits injectés d’origine douteuse, ainsi que des prises en charge tardives entraînant des séquelles permanentes : nécroses cutanées, infections graves, embolies, déformations irréversibles, hospitalisations d’urgence… Dans certains cas, des interventions chirurgicales réparatrices complexes sont même nécessaires, sans garantie de retour à l’état antérieur.
Selon la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), près de 40 % des injections à visée esthétique seraient aujourd’hui réalisées hors cadre médical. Un chiffre qui est peut-être sous-estimé !
Les professionnels du secteur alertent
Pour la présidente du Syndicat national de chirurgie plastique reconstructrice et esthétique (SNCPRE), la Dr Catherine Bergeret-Galley, chirurgien-plasticien, « la médecine esthétique est avant tout de la médecine qui doit donc être pratiquée par des médecins qui vont soigner, réparer une enveloppe corporelle, réparer l’image et le vécu du corps, chez un ou une patiente très affecté(e) par son apparence, quelle qu’elle soit, parfois pour des défauts mineurs et qui n’arrive pas à vivre ».
« Ces courants d’exercice illégal de la médecine observés de plus en plus fréquemment représentent un fléau sanitaire qui a un coût social et financier pour notre société. Sans compter les réseaux souterrains financiers qui échappent à tout contrôle, ne participant pas à l’économie officielle nationale… Pas d’impôts et probablement le financement de différents trafics », met-elle en garde.
213 signalements en 2025
Malgré les alertes des principaux acteurs du secteur de la santé et du droit, les témoignages de victimes, les nombreux signalements et les démarches disciplinaires et judiciaires — sur les 213 signalements de 2025, seuls 20 ont donné lieu à une saisine du parquet, soit moins de 10 % — les « fake injectors » continuent d’agir en toute impunité.
Et Catherine Bergeret-Galley de poursuivre : « depuis de nombreuses années, nous menons un travail acharné d’alertes, de communications scientifiques, d’atlas de complications, notamment des produits de comblements, certains frauduleux, d’autres qui tout simplement auraient dû être interdits ».
La présidente du SNCPRE plaide pour que cela cesse : « la France a les moyens d’agir. Il faut juste que les pouvoirs publics prennent pleinement conscience de l’importance du phénomène et des risques encourus par la population. L’exercice illégal doit donc être sévèrement puni et la coordination de tous les acteurs concernés par la santé renforcée ». Une problématique qui, selon elle, nécessite « une véritable campagne d’information et de sensibilisation au niveau national ».
« Fake injectors » :comment les reconnaître pour les éviter !
➜ Absence du titre « Docteur » parfois remplacé par une « certification » ou le titre de « cosmétologue »
➜ Absence de nom et prénom, remplacés par un pseudonyme ou un simple prénom
➜ Absence de téléphone fixe professionnel ; communication uniquement via WhatsApp ou messages privés
➜ Absence d’adresse de cabinet identifiable
➜ Demande de paiement en espèces ou via PayPal, souvent avec acompte
Par Bernadette Fabregas Gonguet
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