Près d’un tiers de la population française est concernée par une maladie allergique.
Les allergies correspondent à un dérèglement du système immunitaire du fait d’une perte de tolérance à des substances pourtant inoffensives pour la majorité des individus. Ces substances peuvent être variées, des pollens aux acariens, en passant par les poils d’animaux.
La prise en charge des allergies s’appuie sur des mesures variées, en identifiant les substances allergènes problématiques et en les éliminant autant que possible de l’environnement du patient. Le rôle du médecin s’avère crucial : il doit éduquer les patients et leur enseigner de quelle façon éviter les crises et les récidives. Dans certains cas, des traitements médicamenteux (principalement des antihistaminiques) peuvent être proposés.
Depuis quelques années néanmoins, une autre méthode a beaucoup fait parler d’elle : la désensibilisation, appelée immunothérapie allergénique, s’apparente à l’idée d’une stratégie vaccinale.
En effet, l’objectif est de rendre le patient tolérant à l’allergène en question en entraînant son système immunitaire, par l’administration régulière d’extraits de la substance allergène. La désensibilisation se poursuit souvent pendant plusieurs années, même si les premiers bénéfices apparaissent généralement au bout de quelques mois. À l’heure actuelle, c’est la seule approche permettant de guérir d’une allergie.
Une efficacité contestée ?
L’efficacité de cette stratégie dépend en grande partie du patient et du type d’allergie. « On sait que la désensibilisation donne de très bons résultats pour les allergies aux pollens, aux acariens, ou aux moisissures, mais ses effets sont moins notables pour les allergies aux poils d’animaux », explique le Dr Sébastien Lefèvre, chef de service au CHR de Metz-Thionville et vice-président du Syndicat français des allergologues.
« La désensibilisation donne de très bons résultats pour les allergies aux pollens, aux acariens, ou aux moisissures, mais ses effets sont moins notables pour les allergies aux poils d’animaux »
En 2018, des doutes ont néanmoins été émis lorsque la HAS a publié un rapport jugeant que l’efficacité de certains produits utilisés dans un but de désensibilisation — les allergènes préparés pour un seul individu (APSI) — était « faible et mal démontrée ». Généralement prescrits dans le cadre de la prise en charge de formes sévères de rhinite et/ou d’asthme, les APSI étaient remis en question faute d’évaluation aussi robuste que pour d’autres produits, au cours d’essais cliniques standardisés.
Cependant, une évolution en la matière est en marche. Ces dernières années, l’accélération de la recherche et la mobilisation des allergologues pour montrer l’utilité de la méthode chez leurs patients ont permis de faire avancer la réflexion sur les APSI.
« La problématique de l’efficacité concerne surtout la désensibilisation par gouttes (APSI). Ces préparations élaborées spécifiquement pour le patient n’ont pas été évaluées dans les mêmes termes scientifiques que les produits injectables utilisés pour la désensibilisation. Néanmoins, on voit à notre niveau des effets bénéfiques dans la pratique clinique ; de plus, des preuves scientifiques démontrent leur efficacité dans la littérature et les laboratoires sont en train de mener les essais », souligne le Dr Sébastien Lefèvre.
Par ailleurs, se pose la question de la balance bénéfice-risque chez certains patients. C’est pourquoi la désensibilisation reste à proscrire chez la femme enceinte ou allaitante et peut être déconseillée chez certains individus présentant des maladies auto-immunes ou des cancers.
Petite histoire de la désensibilisation
La désensibilisation fait sa première apparition au début du XXe siècle. Dès 1911, des articles publiés dans la revue scientifique The Lancet présentent les résultats de premiers essais d’« inoculation prophylactique » pour la prise en charge du rhume des foins. Les scientifiques avaient eu l’idée de monter ces études en s’appuyant sur les concepts associés à la vaccination : le principe était d’administrer l’allergène à doses minimes puis progressivement croissantes afin d’induire non pas une protection, mais une tolérance à l’allergène. La désensibilisation a d’abord été étendue aux allergies aux pollens puis à la poussière avant de se généraliser aux autres allergènes de manière plus ou moins standardisée. Si des cas de chocs anaphylactiques ont été rapportés au cours du XXe siècle, le développement de nouveaux modes d’administration — la voie sublinguale s’imposant peu à peu face aux injections sous-cutanées — a permis une diffusion plus sûre et plus large de cette méthode visant à venir en aide aux personnes souffrant d’allergies importantes.
Les allergies les plus fréquentes
- La dermatite atopique concerne 15 à 20 % de la population française.
- La rhinite allergique, très fréquente, concerne 25 % des français.
- Les allergies alimentaires concerneraient 2 % des adultes.
Par Léa Surugue





