Longtemps écarté du diagnostic médical, le syndrome de l’intestin irritable est aujourd’hui reconnu comme une vraie pathologie. Quel est ce syndrome et comment agir dessus ?
Maux de ventre récurrents, sensations de ballonnements, diarrhées ou constipations fréquentes, voire l’alternance des deux… Ces signaux indiquent que l’intestin ne se porte pas à merveille. Un transit troublé est synonyme de gêne dans ses activités du quotidien, sans compter le tabou qui règne encore sur ce sujet. De plus, derrière ces symptômes digestifs peut se cacher une vraie pathologie, longtemps jugée « psychosomatique », mais aujourd’hui reconnue : le syndrome de l’intestin irritable.
En France, entre 5 et 10 % de la population souffre d’un syndrome de l’intestin irritable (SII). Deux diagnostiqués sur trois sont des femmes. Selon la Fondation canadienne de la santé digestive, l’explication de cette différence pourrait venir du rôle du cycle menstruel et des hormones sexuelles féminines qui influeraient sur la sensibilité, la vitesse de digestion et la barrière immunitaire de l’intestin.
Comment reconnaître les symptômes ?
Le SII se caractérise par « des douleurs abdominales récurrentes d’au moins une fois par semaine dans les 3 derniers mois, associées à des douleurs à la défécation — soit accentuées, soit soulagées par la défécation — et associées à des modifications de la fréquence des selles et de leur consistance », définit le Dr Victor Nardon, gastro-entérologue au CHRU de Nancy.
D’autres symptômes s’y ajoutent parfois comme un inconfort digestif ou des ballonnements, mais ceux-ci ne « rentrent pas dans les critères de définition clinique selon les critères de Rome IV [qui regroupent les données scientifiques internationales pour classifier les troubles gastro-intestinaux fonctionnels, NDLR », nuance le gastro-entérologue, bien qu’ils soient souvent présents chez les patients.
Il existe plusieurs formes de SII qui se différencient par la fréquence et l’aspect des selles. Une méta-analyse de 2024 de l’American Journal of Gastroenterology montre que les patients se répartissent en quatre groupes :
• 28 % avec des diarrhées majoritaires ;
• 28 % avec des constipations prédominantes ;
• 33 % avec un mixte des deux ;
• et enfin, 8 % sans sous-type particulier.
Pour s’y retrouver, il est possible de consulter l’échelle de Bristol (voir ci-dessous). Par exemple, les personnes qui souffrent de SII avec constipation prédominante ont des selles de type 1 ou 2 plus de 25% du temps, et des selles de type 6 ou 7 moins de 25% du temps. C’est l’inverse pour ceux qui souffrent de SII avec diarrhée prédominante.
Dialogue avec le cerveau
Aujourd’hui, les médecins classent le SII comme « désordre des interactions de l’axe intestin-cerveau » car les liens biologiques entre notre encéphale et notre tube digestif sont nombreux. Reliés par le nerf vague, le cerveau et l’intestin, surnommé « deuxième cerveau » en raison des neurones qui l’entourent, dialoguent à double sens. « Chez les patients atteints d’un SII, la notion d’hypersensibilité viscérale explique en partie les symptômes, et aussi un lien avec des troubles psychologiques et de l’humeur comme le stress, les troubles anxio-dépressifs… », précise Victor Nardon.
Mais quelles conséquences entraîne cette classification sur la prise en charge ? « Dans chaque axe physiopathologique, on peut prescrire certains traitements pour essayer de cibler tous les axes de la maladie, précise-t-il. Par exemple, dans les troubles de la motricité, on pourra prescrire des antispasmodiques ou des antidiarrhéiques. Dans l’hypersensibilité, on peut prescrire des médicaments antalgiques à visée neuropathique ». Outre les traitements, les soins passent aussi par des thérapies non médicamenteuses. Dans des hôpitaux à Lyon, Bobigny, Bordeaux, Nice et Rouen, des séances d’éducation thérapeutique sont proposées. Elles mêlent différentes approches validées (thérapies cognitivo-comportementales, hypnose, gestion du stress…) pour améliorer la qualité de vie des patients.
Cela passe aussi par l’assiette !
Autre point clé : l’alimentation. Certains groupes d’aliments sont souvent incriminés comme les FODMAPs (pour fermentable oligo‑, di‑, mono- and polyols). Ils englobent des édulcorants, comme le sorbitol, mais surtout des petits sucres contenus dans des céréales (fructanes), des fruits (fructose), des légumes (galactanes) et certains produits laitiers (lactose).
Ces aliments « fermentescibles vont créer une hyperfermentation au niveau intestinal, précise le Dr Nardon. Ingérés en excès, chez des personnes plus sensibles, ils provoquent des ballonnements qui créent une distension du côlon, en lien avec l’hypersensibilité viscérale. Ce qui va déclencher des douleurs et un excès de gaz ». Cependant, il ne faut pas leur dire définitivement adieu car ces aliments sont omniprésents dans l’alimentation : mieux vaut donc être accompagné par un nutritionniste pour éviter les carences.
Que manger concrètement ? D’abord, il s’agit de réduire l’ingestion de tous les aliments contenant beaucoup de FODMAPs. « S’il n’y a pas d’amélioration, cela ne sert à rien de poursuivre un régime sans FODMAPs. », fait remarquer le médecin. En revanche, en cas d’amélioration, il faut les réintroduire un par un pour identifier les plus susceptibles de déclencher des désordres intestinaux.
Et quid du microbiote ? Dans le SII, il existe « probablement un déséquilibre dans la flore intestinale — une dysbiose — entre les bonnes bactéries pour la digestion et les mauvaises », renseigne Victor Nardon. Alors suffit-il de prendre des probiotiques ? « On en trouve énormément sur le marché actuel, mais seuls certains ont prouvé une réelle efficacité dans le cadre d’études cliniques en comparaison à des placebos ». S’ils peuvent soulager des patients, à l’avenir des études supplémentaires devront apporter d’autres preuves. Intestin, cerveau, microbiote : le trio gagnant à suivre dans la santé digestive ?
Le transfert fécal : la France essaie !
Soigner par les bactéries ? 120 patients atteints d’une forme sévère de syndrome de l’intestin irritable entament une transplantation de microbiote fécal. Réparties dans 10 centres en France, les personnes sélectionnées, en échec thérapeutique, testeront des capsules confectionnées à partir de selles congelées de donneurs sains. L’autre moitié du groupe se verra administrer des capsules placebo. Environ 25 grammes de selles, passés à la centrifugeuse pour en extraire les micro-organismes, devraient alors être absorbés sur 24 heures. Pour qualifier la réussite de l’étude, des questionnaires seront remplis 3 mois après la transplantation : jours passés sans douleur abdominale, sans ballonnements et amélioration du transit (diarrhées, constipations…) seront scrutés. Un nouvel espoir ?
Quels sont les principaux aliments riches en FODMAPs ?
- Les aliments riches en lactose (sucre présent dans le lait et les yaourts) ;
- Certaines céréales comme le blé (pâtes, pain, semoule…), l’orge et le seigle ;
- Certains légumes comme les asperges, choux, brocolis, poireaux, artichauts, oignons, ail, champignons, légumineuses, lentilles, pois chiches, échalotes, betteraves, fenouils ;
- Certains fruits : pommes, poires, cerises, nectarines, pêches, prunes, pastèques, mangues, mûres, fruits secs ou oléagineux (noix, amandes, pistaches) ;
- Les sucres de table, le miel, le sirop d’érable ;
- Tous les édulcorants de synthèse, les polyols ;
- Les chewing-gums et sucreries ;
- Les plats industriels.
Les aliments riches en FODMAPs peuvent être responsables de douleurs abdominales, de gaz, et de ballonnements. Leur consommation est donc à adapter en fonction des symptômes.
Un régime pauvre en FODMAPs doit être réalisé en 3 phases pour éviter les carences :
1 • Exclure certains aliments riches en FODMAPs (par exemple, ceux contenant du lactose) suspectés de déclencher les symptômes pendant 2 à 6 semaines, afin de juger de l’amélioration.
2 • Réintroduire progressivement les aliments en évaluant son seuil de tolérance.
3 • Personnaliser son alimentation afin d’éviter les aliments qui déclenchent les symptômes.
(Source : Ameli)
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