Quand le mercure soignait la vérole

« Une minute avec Vénus, un an avec Mercure ». Derrière ce slogan se cachent des siècles d’un traitement lunaire contre la syphilis : le mercure.

À l’heure où l’extencilline est en rupture de stock, pourquoi ne pas se tourner vers des remèdes plus ancestraux pour soigner la syphilis ? Comme prendre un bon bain de mercure ou boire un délicieux petit lait mercuré ? Car pendant 450 ans, le traitement de référence de la syphilis était le mercure. Sans que les historiens de la médecine ne sachent vraiment pourquoi, le métal toxique s’est infiltré dans tous les cabinets d’Europe pour soigner la vérole, certainement importée du nouveau monde au 15e siècle, dans les valises de Christophe Colomb. Des camelots, des charlatans et même des barbiers, souhaitant lutter contre l’aspect inesthétique des chancres sur le visage des malades, auraient été les premiers à venter alors les extraordinaires pouvoirs du mercure.

Expier le péché de chair par le mercure

Au 16e siècle, la maladie frappe partout. Celle qu’on appelait alors le « mal de Naples » ou encore « le mal gallois » fait horreur, si bien que les applications de mercure deviennent monnaie courante. Il est appliqué en friction, en emplâtre ou en lavage sur les membres lésés jusqu’à ce que le malade se mette à saliver abondamment. Ce signe de toxicité aiguë du mercure était alors interprété comme la bonne efficacité du traitement. Habile ! Mais l’une des thérapies les plus utilisées était la fumigation. Dans une petite cabine, le mercure était jeté sur des braises, à la manière d’un sauna dans lequel le malade devait respirer ces vapeurs, parfois pendant des semaines.

Les enfants n’étaient pas épargnés. Mais pour eux l’ingestion de mercure se faisait en douceur, mélangée à du lait ou via l’allaitement d’une nourrice préalablement traitée au mercure. Pendant de courtes périodes, c’est vrai, le malade traité au mercure allait mieux. Cependant, ces améliorations étaient simplement le fait de rémissions spontanées de l’infection syphilitique, qui évolue par stades. En réalité, le mercure a certainement tué autant, voire plus, que la syphilis elle-même. Perte de dents, ulcère des muqueuses et de la bouche, atteintes neurotoxiques… Le traitement mercuriel n’était pas de tout repos. Et ce n’est certainement pas un hasard si les malades de la syphilis étaient traités de manière aussi barbare. Tout comme le Sida en son temps, la syphilis, parce qu’elle est sexuellement transmissible, traîne son lot de mépris moralisateur. Si ces traitements, aussi insoutenables soient-ils, restaient recommandés par l’Académie de Médecine, c’était certainement à l’époque une manière d’expier le péché de chair, la luxure, que reflétait cette maladie.

Le mercure trop toxique ? Essayons l’arsenic !

Au 20e siècle, la toxicité du mercure commence à faire grand bruit, même si elle était déjà pointée du doigt par une poignée de médecins dès le 16e siècle. La médecine se met donc à la recherche d’un traitement alternatif contre la syphilis et a alors la brillante idée de se tourner vers l’arsenic. En 1908, le premier médicament de la syphilis est commercialisé. C’est le Salvarsan, qui deviendra ensuite le Néosalvarsan, délivré par le laboratoire de Paul Ehrlich, connu pour être le père de la chimiothérapie. Puis, étonnamment, l’arsenic est abandonné quelques années plus tard. Efficace, mais trop toxique lui aussi.

En 1928, un nouvel espoir nait des mains de Julius Wagner-Jauregg, médecin autrichien, qui découvre que la forte fièvre provoquée par le paludisme améliore l’état des malades. Le plasmodium est alors injecté à ces patients pour les traiter et cette technique prit le doux nom de « malariathérapie ». Finalement, dans les années 40, l’arrivée de la pénicilline coupa court à la commercialisation de tous ces traitements à la sécurité plus que discutable. Si, depuis l’arrivée des antibiotiques, la syphilis a largement reculé, elle augmente de nouveau depuis une quinzaine d’années en France, avec plus de 1 000 cas annuels.

Par Léa Galanopoulo

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