Le repérage et le diagnostic du trouble du déficit d’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) chez l’enfant imposent une démarche exigeante et standardisée. La finalité étant de réduire le délai de prise en soins et de pallier les conséquences psychologiques, scolaires, familiales et sociales que peut engendrer ce trouble du neurodéveloppement.
Si l’on entend de plus en plus parler du TDAH chez l’enfant, – trouble du déficit d’attention avec ou sans hyperactivité –, ce trouble du neurodéveloppement qui affecte une région spécifique du cerveau, le cortex frontal, n’est pas pour autant récent : il était en effet déjà décrit au siècle dernier.
Associant trois symptômes d’intensité variable selon la personne – déficit de l’attention, hyperactivité motrice et impulsivité –, le TDAH, soulignons-le, n’est pas une maladie. Il concernerait en France quelque 2 millions de personnes, et s’exprime le plus souvent durant l’enfance, généralement avant l’âge de 12 ans. La prévalence du TDAH dans cette population est d’environ 5 %, selon l’Assurance maladie.
Parce que les réseaux neuronaux de l’attention se développent de façon importante de 6 à 9 ans, c’est donc surtout à l’âge scolaire que les parents vont consulter, car, à l’école l’enfant va avoir, de façon persistante, des difficultés à suivre les consignes, à rester assis, à se concentrer sur une tâche, à respecter le tour de parole en groupe…
« Aucun facteur n’expliquerait à lui seul le développement du TDAH, précise Olivier Revol, pédopsychiatre au CHU de Lyon. Outre le déficit en dopamine, ce neurotransmetteur clé dans le fonctionnement du système nerveux central qui joue un rôle crucial dans le contrôle moteur et les fonctions cognitives, ce trouble répondrait aussi à une conjonction de facteurs de risque à la fois génétiques et environnementaux, épigénétiques selon une formule plus contemporaine ».
Entre 2 et 4 % d’adultes touchés par le TDAH
Le trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité affecte également les adultes, chez qui les symptômes ont été minorés, voire ignorés, lorsqu’ils étaient enfants. La fréquence du TDAH est estimée entre 2 et 4 % dans cette population, selon la Haute autorité de santé. Cela peut avoir de lourdes conséquences pour la personne elle-même, mais aussi pour la société : précarité, chômage, aggravation des comorbidités psychiatriques, conduites addictives…
Diagnostiquer : une affaire de spécialiste
« La médiatisation accrue du TDAH soulève des défis majeurs en termes d’accès au diagnostic et aux soins, explique Olivier Revol. Plus le diagnostic se fait tôt, plus vite la prise en charge de l’enfant est mise en place avec un accompagnement adapté pour l’appuyer dans son quotidien et éviter l’aggravation des conséquences psychologiques, scolaires, familiales et sociales ».
Les symptômes peuvent être très différents en fonction des enfants. Chez les garçons, au sein desquels le TDAH est deux fois plus fréquent que chez les filles, la combinaison des trois symptômes serait la plus courante. Cependant, même si la plupart des enfants cumulent déficit d’attention et hyperactivité, certains peuvent souffrir de TDAH plus discrètement, comme c’est le cas chez les filles. Par exemple, elles ont davantage tendance à intérioriser et à compenser, ce qui rend le diagnostic plus difficile, voire sous-estimé. « Chez l’adolescent, poursuit le pédopsychiatre, si l’hyperactivité motrice tend à s’atténuer, l’inattention persiste et son retentissement sur les tâches de la vie quotidienne et scolaire s’accroît. L’impulsivité, quant à elle, demeure et expose à des conduites à risques, notamment à une surconsommation d’écrans et en particulier de jeux vidéo ».
Pour confirmer qu’il s’agit effectivement d’un TDAH, démarche complexe, une consultation initiale est nécessaire auprès du médecin traitant ou du pédiatre qui pourra établir un pré-diagnostic, puis auprès d’un médecin formé au diagnostic du TDAH (psychiatre, pédopsychiatre, neurologue). L’objectif est de bien distinguer le TDAH d’autres problèmes, par exemple une mauvaise vue ou un trouble auditif, pouvant entraîner des symptômes similaires : inattention, comportement turbulent…
Le diagnostic repose donc sur un entretien général, puis spécifique, un examen clinique et un recueil d’informations auprès de tous les intervenants de l’enfant (parents, instituteurs, éducateurs). Il n’existe pas d’examen complémentaire ou de biomarqueur pouvant confirmer le diagnostic de TDAH. Pour Olivier Revol, « c’est donc la trajectoire de l’enfant, son évolution, la persistance des difficultés dans le temps qui permet d’être certain du diagnostic ».
En France, comme en Europe, le TDAH concerne entre 3 et 5% des enfants d’âge scolaire et 3% des adultes, selon la HAS.
La psychoéducation d’abord
Si 5 % des enfants ont un TDAH, tous n’ont pas besoin d’un traitement. « Le trouble existe sur un spectre très large. Les formes légères auront rarement besoin de traitement. On explique à l’enfant son mode de fonctionnement, sans le réduire à sa symptomatologie », souligne le pédopsychiatre. Les recommandations de la Haute Autorité de santé placent aujourd’hui la psychoéducation en première ligne.
Il s’agit de transmettre aux parents des conseils pratiques qui allient fermeté et bienveillance face à l’enfant, reproductibles dans la sphère scolaire pour que l’enfant ne soit pas exclu du groupe, mais trouve sa place malgré sa différence.
Quand penser au médicament ?
« Lorsque la démarche psychoéducative ne suffit pas, il peut être pertinent de proposer un traitement pharmacologique. Il ne corrige pas la cause, mais agit immédiatement sur la symptomatologie ce qui améliore considérablement la vie de l’enfant, et ce, dans toutes les sphères de son environnement », explique Olivier Revol.
Le méthylphénidate, stimulant du système nerveux central, est à ce jour le seul traitement disponible en pharmacie pour les personnes diagnostiquées TDAH. Il est prescrit par un pédopsychiatre, un psychiatre, un neuropédiatre ou un neurologue. Bien supporté, ce médicament ne génère pas d’accoutumance et sa posologie sera adaptée au fil du temps en fonction du vécu de l’enfant.
« Nous commençons généralement par de petites doses, en fonction du poids et du profil cognitif de l’enfant, et le traitement au long cours n’est pas systématique. Le TDAH de l’enfant nécessite en effet un suivi régulier qui permet d’évaluer l’évolution des symptômes, l’impact des traitements et d’ajuster les accompagnements. Il en va de la qualité de vie de l’enfant qu’il est, à l’adulte qu’il deviendra », précise le pédopsychiatre
Répartition des 3 symptômes chez les enfants diagnostiqués, selon l’Assurance maladie :
• Trouble de l’attention : environ 30 %
▶ Par exemple : Mon enfant ne se concentre pas, n’est pas attentif, présente des difficultés à achever une tâche commencée, passe très vite d’une activité à l’autre, ne suit pas les consignes données, oublie souvent des choses, a du mal à planifier et organiser son travail…
• Hyperactivité et impulsivité environ 30 %
▶ Hyperactivité, par exemple : Mon enfant est toujours en mouvement, incapable de tenir en place ou de regarder un film tranquillement, animé de mouvements inutiles…
▶ Impulsivité, par exemple : Mon enfant répond trop vite aux sollicitations et agit avant de réfléchir ou attendre les instructions, répond trop rapidement aux questions posées en coupant par exemple la parole, ne sait pas attendre son tour dans un groupe…
• Associant les 3 : environ 30 %
Par Bernadette Fabregas Gonguet
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