La canicule est une véritable épreuve pour nos veines. Pourquoi la chaleur entrave-t-elle le retour du sang vers le cœur ? Des mécanismes aux solutions, voici tout ce qu’il faut savoir pour soulager vos jambes et passer l’été au frais.
Chaque année au retour des beaux jours et des premières chaleurs, c’est la même rengaine : en fin de journée, vos chevilles sont enflées, au point que vous avez parfois du mal à enfiler vos chaussures, et vos jambes sont lourdes, fatiguées, douloureuses. Rassurez-vous, ce gonflement des chevilles n’est pas la conséquence d’un ego surdimensionné, mais plutôt d’un mauvais retour veineux au niveau des jambes, dont les symptômes sont exacerbés par la chaleur. La plupart du temps sans gravité, cette sensation de « jambes lourdes » peut toutefois s’avérer assez invalidante, jusqu’à affecter la marche dans les cas les plus extrêmes.
Chevilles gonflées et jambes lourdes : pas de veine !
Comment s’explique le retour de ces symptômes dès que le mercure grimpe ? C’est en quelque sorte un revers de médaille de notre système de thermorégulation extrêmement sophistiqué. En effet, notre corps dispose de plusieurs méthodes pour se maintenir à une température constante. Parmi celles-ci : la fonction vasomotrice, responsable d’une dilatation des veines périphériques pour le refroidir dès lors que sa température monte. C’est d’ailleurs pour cette raison que notre visage vire rubicond en plein cagnard.
Bémol, cette vasodilatation des veines périphériques entrave le bon retour du sang vers le cœur. Résultat : il stagne au niveau des extrémités, ce qui provoque leur gonflement et cette sensation désagréable de lourdeur au niveau des jambes. Un phénomène qui peut concerner tout le monde, mais qui touchera plus intensément les personnes atteintes d’insuffisance veineuse, habituellement sujettes à ces symptômes, et qui les verront exacerbés lors des épisodes de forte chaleur.
1 femme sur 2
Près d’1 femme sur 2 est concernée par l’insuffisance veineuse, contre 1 homme sur 4.
Source : étude IFOP pour la marque Sigvaris, avril 2020
Mieux vaut prévenir !
Sans être des panacées, plusieurs astuces permettent de limiter cette stagnation du sang dans les veines. La première est la plus évidente de toutes : éviter de s’exposer à la chaleur, en reportant si possible ses sorties aux heures les plus fraîches. Au-delà du soleil, coupable tout désigné, il existe des sources de chaleur plus insidieuses pour les jambes comme l’épilation à la cire chaude ou le bitume brûlant, même une fois ombragé, qui continue à dégager la chaleur absorbée tout au long de la journée. Moins probable en été, mais également citées comme des sources très fréquentes : le chauffage par le sol, les douches trop chaudes et autres hammams, saunas ou jacuzzi.
Sur le plan vestimentaire, le port de vêtements amples, qui ne serrent ni les jambes, ni la taille, est vivement recommandé. Une ceinture trop serrée ou des chaussettes mi-bas qui compriment le mollet sont à proscrire.
Pour vos pieds, les talons hauts sont à laisser au placard, au même titre que les chaussures trop plates, comme les ballerines ou les tongs, qui limitent aussi le bon retour du sang veineux. Idem, les chaussures en matières synthétiques peu respirantes, véritables étuves pour les pieds, qui vont amplifier le gonflement. Optez plutôt pour des chaussures en cuir, toile ou tissus techniques, qui permettent au pied de respirer, avec une semelle souple et un talon légèrement surélevé, de 3 cm maximum.
La marche, allié numéro 1
La posture a aussi toute son importance. Les stations debout prolongées et les piétinements, parfois inévitables dans certaines professions, sont les PIRES ennemis du retour veineux. Assis, gardez les jambes tendues et évitez de les croiser. En cas de position statique prolongée, au bureau par exemple, pensez à faire des pauses régulières, en marchant quelques minutes, au minimum toutes les deux heures.
En effet, si le repos peut paraître plus judicieux, la marche est en réalité votre meilleure alliée contre les jambes lourdes. Ceci grâce à deux mécanismes : l’appui sur la plante du pied, qui écrase tout un réseau de petites veines, propulsant le sang vers le haut, un peu à la manière d’une éponge, et la contraction des muscles du mollet, qui comprime les veines profondes, éjectant, là aussi, le sang vers le cœur.
D’autres habitudes d’hygiène de vie sont aussi fréquemment mentionnées, rejoignant les recommandations générales pour être en bonne santé : une bonne hydratation, 1,5 à 2 litres d’eau par jour, ainsi qu’une alimentation équilibrée, avec des légumes pour l’apport en antioxydants, vitamines et fibres.
L’activité physique, remède numéro 1 pour vos veines
Ce n’est plus un secret, être actif contribue à préserver votre santé… et vos veines ! Marche à pied, natation, gymnastique, vélo… Toutes les activités qui contribuent à faire travailler la pompe veineuse du mollet vont contribuer à un bon retour veineux et limiter les sensations de jambes lourdes aux premières chaleurs. Attention cependant, toutes ne sont pas recommandées, en particulier celles qui peuvent bloquer la circulation, comme l’équitation ou le judo, ou qui provoquent des « à-coups » trop écrasants sur la voute plantaire et ses veines, tels que le tennis, le basket-ball ou encore la course à pied. À l’inverse, les activités aquatiques sont particulièrement conseillées, car l’eau possède un effet drainant qui stimule la circulation, et la résistance aux mouvements qu’elle entraîne sollicite plus les muscles. De plus, une fois immergé, le corps est plus léger, ce qui facilite les mouvements sans trop mettre à contribution les articulations, idéal pour les personnes en surpoids.
La circulation veineuse dans les membres inférieurs regroupe deux réseaux :
• Un réseau profond, constitué par les veines situées dans les muscles. Il transporte 90 % du sang veineux.
• Un réseau superficiel, siège de l’insuffisance veineuse, constitué par les veines situées sous la peau, qui draine 10 % du sang veineux.
Éteindre le feu
Malheureusement, même en étant le plus précautionneux possible, la stase veineuse ne peut être évitée dans certaines circonstances et les sensations de jambes lourdes sont bien là. Comment calmer ce feu ardent ?
Loin d’être un mythe, l’application d’un jet d’eau froide le soir sur les jambes est la plus immédiate des solutions pour favoriser le retour veineux et calmer la douleur. Car si la chaleur dilate les veines, le froid provoque l’effet inverse et entraîne leur contraction, favorisant la remontée du sang vers le cœur. Inutile pour cela de sauter dans un bac de glaçons, une eau fraîche autour de 15-20 °C suffit amplement à déclencher ce réflexe physiologique.
Autre solution bien connue et diablement efficace, la surélévation des jambes la nuit. Gravité oblige, le sang stagne plus facilement dans les membres inférieurs en position debout ou assise. Le fait de surélever les jambes en position allongée inverse le phénomène, et favorise naturellement le retour sanguin vers le buste.
Pas besoin de faire le poirier : une légère élévation du bas du matelas de 10 à 15 cm suffit amplement.
Le massage des jambes permet également de stimuler le retour veineux. Pour cela, suivez le sens de la circulation, en partant de la cheville et en remontant vers le genou. L’application d’un gel avec un effet frais au moment du massage peut s’avérer encore plus bénéfique pour soulager la douleur.
À quoi est due l’insuffisance veineuse chronique ?
Certaines personnes sont plus susceptibles que d’autres de voir leurs jambes s’alourdir dès les premières chaleurs. En cause : un dysfonctionnement des parois et des valvules veineuses, caractéristique de l’insuffisance veineuse chronique. En effet, pour lutter contre la gravité, nos veines sont munies de multiples replis membraneux, les valvules, sortes de clapets anti-retour, qui ne permettent le passage du sang que dans le sens de la circulation. Or, si la paroi de la veine s’affaiblit ou si les valvules s’abîment, ce système n’est plus étanche. Le sang reflue et stagne dans le bas des jambes, augmentant la pression locale. À terme, cette pression permanente finit par déformer les veines, laissant apparaître des varices. En période de canicule, ce système déjà fragile est alors totalement submergé, d’où ces symptômes plus importants.
La contention élastique, traitement de référence
Le traitement de référence contre les jambes lourdes reste le port de bas, de chaussettes ou de collant de compression élastique adaptés. Ils compriment les jambes, et aident le retour du sang veineux. Ils permettent ainsi de diminuer le gonflement des chevilles, de soulager la sensation de lourdeur des jambes et de prévenir la formation de varices. De toutes les solutions évoquées, c’est la seule qui peut faire l’objet d’un remboursement par l’Assurance maladie lorsqu’elle est prescrite par un médecin.
Il est également possible d’avoir recours à certains médicaments disponibles sans ordonnance qui contiennent des substances veinotoniques (diosmine, troxérutine, flavonoïdes…) ou certains compléments alimentaires à base d’extraits de plantes (hamamélis, mélilot, marron d’Inde, vigne rouge…) afin de soulager les symptômes causés par la mauvaise circulation. S’ils n’ont aucun effet sur l’évolution de la maladie veineuse, ils peuvent être pris en cures de quelques semaines lorsque les symptômes sont plus importants, aux pics de chaleurs notamment.
Enfin, si toutes ces mesures ne suffisent pas à calmer la douleur, ou si l’œdème au niveau des chevilles ne se résorbe pas de lui-même dès lors que le mercure redescend, un avis médical est requis.
Outre la chaleur, d’autres facteurs peuvent influer sur l’apparition de jambes lourdes, parmi lesquels :
• L’hérédité : le risque est plus important si un ou plusieurs membres de la famille sont aussi concernés par des problèmes de circulation veineuse ;
• Le sexe féminin : les problèmes de circulation sont plus fréquents et plus précoces chez les femmes, notamment avant les règles, en raison des fluctuations hormonales. Sans parler de la grossesse, qui peut amplifier la compression sur les veines des membres inférieurs ;
• La station debout et les piétinements répétés ;
• Le vieillissement : avec l’âge, les veines sont moins élastiques et se dilatent plus vite sous l’effet de la chaleur et mettent plus de temps à retrouver leur diamètre initial ;
• Le tabagisme, qui dégrade aussi l’élasticité des veines ;
• Le surpoids : l’augmentation de la pression abdominale freine le retour veineux vers le cœur.
Par Julien Dabjat
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