La presbyacousie : savoir s’écouter

Si le terme de presbytie – désignant une diminution de la vue liée à l’âge – est bien connu, celui de presbyacousie l’est beaucoup moins. Pourtant, la presbyacousie, également engendrée par un processus d’altération lié au vieillissement, est la première cause de surdité chez l’Homme. Le point sur cette altération de l’audition avec le Dr Christine Poncet, oto-rhino-laryngologiste à l’hôpital Rothschild, Paris.

Une gêne dans les lieux bruyants

La presbyacousie débute vers 55- 60 ans. Les premiers symptômes consistent en des difficultés d’audition dans le bruit. Les personnes atteintes apprécient donc moins les lieux bruyants et préfèrent les conversations où chacun parle à son tour. Ce trouble va par la suite devenir de plus en plus présent et il devient alors nécessaire de faire répéter certaines personnes, même en petit comité.

Les acouphènes : signes de presbyacousie ?

Les acouphènes – tintement, sifflement ou bourdonnement dans les oreilles – sont un signe de souffrance auditive. Dès qu’il y a une altération de l’oreille interne, il est possible d’en avoir. Mais, bien que les acouphènes puissent accompagner une presbyacousie, cette dernière a vraiment pour signature une diminution de l’audition bilatérale, symétrique et progressant avec l’âge

point1Zoom sur la cochlée

Pour comprendre ce qu’est la presbyacousie, il faut s’intéresser à la cochlée, cet organe en forme d’escargot se situant dans l’oreille interne (voir schéma). La cochlée comporte environ 16 000 cellules ciliées. Ce nombre varie d’une personne à l’autre, car chacun comporte un stock de cellules ciliées défini à la naissance (donné par ses gênes). Au fil de notre vie, ce stock va diminuer et une fragilité va donc se manifester, pouvant engendrer une presbyacousie.

Inégaux face à la presbyacousie

Si la presbyacousie touche plus fréquemment les personnes de plus de 55 ans, il existe d’autres circonstances favorisantes, notamment les atteintes génétiques. Les problèmes d’audition, comme les presbyacousies précoces (à partir de 45 ans), sont répandus dans certaines familles, tandis que dans d’autres, au contraire, les cellules restent longtemps fonctionnelles. « Notre potentiel génétique nous rend différents », explique le Dr Poncet… Et, de ce fait, inégaux face à la presbyacousie. L’environnement joue aussi un rôle dans cette disparité. Les personnes habitant loin des villes ou travaillant dans le calme préservent mieux leurs oreilles et ont donc moins de risque de développer une presbyacousie précoce que ceux qui travaillent dans le bruit ou s’adonnent à des loisirs bruyants.

Un dépistage précoce est essentiel

Vous entendez moins bien dans le bruit ? Vous sentez un problème au niveau de votre audition ? Écoutez- vous et faites un test ! Comme le souligne le Dr Poncet, « il est essentiel de réaliser un test de dépistage le plus rapidement possible pour savoir si l’on commence à avoir un trouble de l’audition ». Et il n’y a pas d’âge pour cela ! L’association France Presbyacousie, dont fait partie le Dr Poncet, propose par exemple le « Hein ?-test », réalisable sur internet ou par téléphone. Il y est demandé de répéter des chiffres donnés dans une ambiance bruyante. Si le test met en évidence une gêne de compréhension dans le bruit, il faut absolument consulter un oto-rhino- laryngologiste (ORL) et passer un examen plus approfondi.

« Les personnes atteintes de presbyacousie ont tendance à s’isoler. »

Les appareillages auditifs

Le port de prothèses auditives permet de remédier à une presbyacousie. Il peut s’agir de prothèses intra-auriculaires – invisibles, se situant dans l’oreille – ou de mini-contours d’oreille – passant au-dessus de l’oreille. Elles sont prescrites par un médecin ORL, et c’est un audioprothésiste qui procède à l’appareillage adapté et personnalisé.

Emprunter l’appareillage avant de l’acheter

« Il ne faut jamais acheter un appareil auditif sans l’avoir essayé, sans l’avoir eu en prêt ! » insiste le Dr Poncet. Il est en effet possible – et fortement recommandé – d’emprunter des prothèses auditives afin de les essayer quelque temps, alors pourquoi s’en priver ? D’autant plus qu’il s’agit d’un investissement important : une prothèse coûte entre 1 500 et 2 000 € (à doubler si les deux oreilles nécessitent un appareillage). Un coût qui comprend notamment un suivi par l’audioprothésiste d’une durée de quatre ans. Mais rassurez- vous, la prescription de l’appareillage par un médecin donne droit à un (petit) remboursement de la Sécurité sociale, ainsi que de la mutuelle, et d’autres aides financières sont possibles.

La nécessité de s’appareiller tôt

« Plus on est appareillé tôt, plus on s’habitue aux appareils, tient à préciser le Dr Poncet. Les appareils auditifs ont souvent mauvaise presse, car les personnes qui ont trop attendu ont parfois du mal à les supporter. » Pourquoi appareiller tôt ? Si les oreilles permettent d’entendre, c’est le cerveau qui interprète le message reçu et le comprend. Chez une personne appareillée tôt, le cerveau continue d’être stimulé et reste compétent pour comprendre, ce qui n’est plus le cas si la personne a trop attendu. Par ailleurs, après avoir passé beaucoup de temps dans un environnement aux sons “étouffés”, une personne appareillée sur le tard entend de nouveau tous les bruits, ce dont elle n’avait plus l’habitude, ce qui peut être gênant.

Le mot de l’expert Dr Christine Poncet, oto-rhinolaryngologiste à l’hôpital Rothschild, Paris

point2Prévention des troubles de l’audition

« Je pense qu’il faut arrêter de stigmatiser uniquement les jeunes en concert. De nombreuses personnes font du bricolage sans porter de protection auditive et sont autant à risque de développer des troubles de l’audition. Il est important d’insister sur le fait que c’est une quantité d’énergie – quelle qu’en soit l’origine – qui détruit nos cellules ciliées et abîme nos oreilles, ainsi que le système nerveux dans son ensemble. Peu importent les conditions – que l’on aille à un concert (à tout âge), que l’on bricole, que l’on joue de la musique, etc. –, il faut porter des protections auditives lorsque l’on s’expose à un bruit fort. Nous sommes au 21e siècle, il existe de nombreuses solutions pour protéger ses oreilles. »

Lutter contre l’isolement

« Les personnes atteintes de presbyacousie ont tendance à s’isoler, car elles éprouvent des difficultés à comprendre, à interagir, ce qui entraîne un déclin d’autres fonctions du cerveau_: c’est un cercle infernal. Médecins généralistes, ORL, audioprothésistes, orthophonistes, etc. Nous travaillons en collaboration afin de prodiguer un confort auditif aux personnes qui en ont besoin et leur permettre ainsi d’être socialement réintégrées. »


Pour en savoir plus

Marine Rognone

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