Être « trop » intense, émotif : peut-être avez-vous déjà été qualifié de ces termes… Pourtant, il semblerait que le cerveau des hypersensibles fonctionne différemment de la moyenne, ce qui leur permet, finalement, de voir le monde dans toute sa beauté.
Pleurnichards, émotifs, anxieux ou encore « un effet de mode »… Bon nombre de mythes et d’idées négatives circulent sur l’hypersensibilité. De plus en plus médiatisé ces dernières années, ce terme a pourtant été théorisé dès 1997 par Elaine et Arthur Aron. Selon de récentes études, 15 % à 30 % de la population serait hypersensible. Alors qu’est-ce que réellement l’hypersensibilité ? Comment l’apprivoiser et en faire une force ?
L’hypersensibilité, un fonctionnement psychique particulier
« L’hypersensibilité est une particularité du fonctionnement psychique qui fait qu’on a tendance à avoir des émotions plus intenses, fréquentes ou durables que la moyenne », explique le Dr Nicolas Neveux, psychiatre et psychothérapeute à Paris. Rien à voir donc avec une maladie nécessitant des examens complémentaires ou des traitements.
Colette Aguerre est psychologue clinicienne, psychothérapeute et maître de conférences en psychopathologie clinique à l’Université de Tours, membre de l’unité de recherche Qualité de vie et santé psychologique (QualiPsy). Selon les recherches actuelles sur lesquelles elle s’appuie, il s’agit d’un trait de tempérament régi par des processus neurobiologiques particuliers.
Le cerveau des hypersensibles « se spécifie à la base par un mode perceptivo-cognitif singulier, déterminant un traitement particulier de l’information » provenant des sens, sans encore parler des émotions. « L’hypersensibilité est une façon d’appréhender la réalité, qu’elle soit extérieure ou intérieure, puis de la traiter, indique la psychologue. Plus précisément, les hypersensibles sont des personnes qui vont repérer des choses que, peut-être, la plupart des gens ne repèrent pas comme des subtilités de l’environnement. Puis, ils vont s’emparer de ça, et le soumettre à un traitement ultra-approfondi, à la fois complexe et nuancé. Ce qui peut parfois décupler leur réactivité émotionnelle, aussi bien envers ce qui les dérange qu’envers ce qui les fascine ».
Par exemple, les hypersensibles vont rapidement se sentir agressés lorsqu’il y a trop de bruit autour d’eux. Mais cette sur-émotivité peut aussi avoir des côtés positifs, car finalement un rien peut les émouvoir, les rendre heureux : une belle fleur, un rayon de soleil sur le visage, etc.
À la question de savoir si cette « particularité » est innée ou acquise, la réponse, comme souvent en psychologie, est loin d’être tranchée : « Probablement qu’il y a, comme dans toutes les conditions psychiques, une participation de l’inné et de l’acquis », développe le psychiatre. « Et, probablement que des événements de vie ou un contexte particulier vont nous rendre hypersensibles, parfois à des éléments spécifiques ». Colette Aguerre souligne l’importance de l’environnement dans lequel l’enfant hypersensible a grandi. Si, à la base, l’hypersensibilité est une caractéristique de tempérament plutôt neutre, une éducation ou un environnement qui négligent ou répriment les émotions la dessert.
« On parle d’invalidation émotionnelle, ce qui va empêcher les hypersensibles d’exprimer cette intensité d’émotion. Cela ne les aide donc pas à réguler leurs émotions qui peuvent devenir difficiles à vivre », résume Colette Aguerre. A contrario, si les conditions de vie s’y prêtent (enfance heureuse, absence de psycho-traumas), l’hypersensibilité se révèle plutôt avantageuse d’un point de vue psychologique, selon des données scientifiques.
« Les hypersensibles sont des personnes qui vont repérer des choses que, peut‑être, la plupart des gens ne repèrent pas comme des subtilités de l’environnement. »
– Colette Aguerre, psychologue clinicienne, Tours
« De belles personnes, avec de belles valeurs qui ont besoin de beauté pour fonctionner »
Alors, comment savoir si vous êtes hypersensible ? Colette Aguerre décrit les personnes hypersensibles comme vivant « les choses intensément sur le plan émotionnel » qu’elles soient positives ou négatives. Ce sont des personnes qui présentent aussi une empathie très prononcée : « Cela peut parfois les amener à s’oublier un peu et à faire passer les besoins des autres avant eux-mêmes », détaille la psychologue clinicienne. Enfin, les hypersensibles possèdent parfois une grande sensibilité esthétique et une créativité foisonnante.
« Ce sont de belles personnes avec de belles valeurs et qui, pour fonctionner de manière optimale, ont besoin de beauté et de relations harmonieuses avec autrui », synthétise la psychothérapeute.
Alors avantage ou inconvénient d’être très sensible ?
Pour la psychothérapeute de Tours : « Des études ont montré qu’à la base, ce n’est ni un problème ni une qualité. Je pense que, quand c’est bien vécu, c’est plutôt avantageux. Il y a des choses intéressantes dans ce mode de fonctionnement. Cela peut amener à plus de créativité ».
Le Dr Nicolas Neveux, lui, préfère utiliser une métaphore pour résumer son idée : « C’est un peu comme une Ferrari. Si je vous donne une Ferrari, est-ce un avantage ou un inconvénient ? Si vous savez piloter, c’est un avantage, vous allez aller vite. Mais si vous ne savez pas conduire, vous allez vous mettre dans le premier fossé et ce sera un inconvénient ».
Ainsi, si une personne est rapidement submergée par des odeurs ou des bruits trop forts, il serait tentant pour elle d’éviter toutes les situations avec une foule considérable. Pourtant, il est important de ne pas s’isoler socialement et savoir réguler son niveau d’énergie en fonction des cas pour accepter un peu d’inconfort. Exemple : aller boire un verre dans un bar avec des amis, mais ne rester qu’une heure au lieu de trois.
Plus prédisposé à certains troubles ?
Si un hypersensible est capable de capter plus d’éléments que le reste de la population et de détecter plus rapidement ce qui se passe autour de lui, c’est grâce à son traitement de l’information environnante qui est plus fin que la moyenne.
Or, si la personne ne sait pas comment traiter tous ces stimuli, elle risque de tomber dans ce que le Dr Neveux appelle « la dictature émotionnelle », soit le fait de se laisser guider uniquement par les émotions pouvant alors la rendre plus vulnérable à des troubles dépressifs ou anxieux.
Pas un diagnostic, mais une aide
L’hypersensibilité n’est pas un diagnostic médical en tant que tel. Certes, les experts commencent à s’approcher d’une explication consensuelle mais aujourd’hui, « il n’existe pas de définition indiscutable », souligne le Dr Neveux.
Sans être un verdict, ni avoir de seuil critique, — car, comme le rappelle Colette Aguerre, « ce n’est pas un outil pour déceler un problème » —, l’échelle HSPS (Highly Sensitive Person Scale) d’Elaine et Arthur Aron peut être une aide pour évaluer sa sensibilité.
Aussi, si l’hypersensibilité fait couler beaucoup d’encre, apprendre à se connaître reste l’une des clés pour mieux gérer son énergie, son quotidien et ses relations.
Pour aller plus loin
L’hypersensibilité chez l’adulte. Guide pour la comprendre et en faire une force, par le Dr Nicolas Neveux, aux éditions Mardaga.
Par Diane Hassoun
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