Depuis plusieurs mois, les réseaux sociaux ont trouvé une nouvelle coqueluche qui expliquerait le surpoids, l’anxiété, le visage bouffi, etc. : le cortisol. La Pr Marie-Pierre Moisan, chercheuse à l’Inrae en neuro-endocrinologie à Bordeaux, démêle le vrai du faux sur cette nouvelle tendance.
Propos recueillis par Diane Hassoun
Vocation Santé : Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est le cortisol ?
Marie-Pierre Moisan : Le cortisol est une hormone, c’est-à-dire un messager biologique qui envoie une information d’un endroit à un autre du corps via la circulation sanguine. Il est sécrété par les glandes surrénales qui sont des petites glandes apposées au-dessus des reins, d’où leur nom.
Fabriqué à la demande, le cortisol n’est pas stocké. Une certaine quantité est produite tous les jours et atteint son maximum en début de journée, puis diminue progressivement au fil des heures pour remonter le lendemain matin. En cas de stress ou de sollicitations particulières, sa concentration va augmenter fortement, d’où le nom d’hormone du « stress », terme souvent utilisé pour le décrire.
Quels sont ses effets habituels sur le corps ?
M.-P. M. : Le cortisol remplit de nombreuses fonctions. Il est aussi appelé l’hormone de « l’adaptation » plutôt que l’hormone du « stress ». En effet, le cortisol s’adapte aux fluctuations de l’environnement ; certaines de ces fluctuations étant d’ailleurs physiologiques. Le cortisol est donc élevé en début de journée pour nous préparer à la journée et ce, de diverses façons :
• Il utilise l’énergie de notre corps, sous forme de glucose, pour pouvoir agir ;
• Il aide à être vigilant, concentré, pour s’adapter au mieux à notre journée.
Par ailleurs, il procure une action anti-inflammatoire. Hormone « facilitatrice » qui contribue à la fonction cardiaque, le cortisol agit sur la peau (participation au renouvellement cellulaire) ainsi que sur les os pendant la croissance et même après. Il va interférer aussi éventuellement sur la reproduction… Toutes ces actions multiples sur le corps se produisent en permanence. Cependant, le cortisol répond également fortement aux situations de « stress », pour utiliser un mot un petit peu fourre-tout…
Quels sont les effets du cortisol en excès dans le corps ?
M.-P. M. : Il n’existe qu’une seule vraie pathologie directement et uniquement liée au cortisol. Il s’agit du syndrome de Cushing dont l’origine est une tumeur sur les glandes surrénales ou sur l’hypophyse, une glande cérébrale influençant les surrénales. Ces tumeurs entraînent une production de cortisol en continu à des niveaux extrêmement élevés, soit 15 fois la concentration normale. Très rare, cette pathologie déclenche des symptômes assez forts :
• Une obésité, présente chez tous les patients. Elle est particulière du fait de sa localisation sur la face — on parle alors de « face lunaire » —, le ventre, et dans le haut du dos, avec une bosse – la « bosse de bison » –. A contrario, les jambes et les bras sont maigres car la masse musculaire a diminué. En effet, le cortisol en excès accumule le gras dans certaines régions du corps et fait fondre les muscles.
• De l’hypertension ;
• Du diabète ;
• Souvent, une dépression et un « brouillard mental » ; le cortisol jouant aussi sur la mémoire ;
• Une peau très fine et très sensible qui entraîne facilement des ecchymoses ainsi que des vergetures ;
• Des cheveux fins, plats et fragiles ;
• Une fragilité des os ;
• Des troubles des cycles menstruels pouvant aller jusqu’à des problèmes de fertilité.
Sur les réseaux sociaux, le cortisol en excès serait responsable d’un stockage de la graisse ciblé au niveau abdominal, soit le « cortisol belly ». Que faut-il comprendre ?
M.-P. M. : En cas de stress chronique, le cortisol peut être plus élevé que la normale de façon fréquente, répétée et contribuer au dépôt de gras au niveau du ventre. Ces situations n’ont pas de lien avec le syndrome de Cushing puisque la concentration de cortisol est loin d’être multipliée par 15, elle n’est même pas doublée ! Il est important de rappeler qu’il ne s’agit pas de la seule hormone qui génère ce type de situations, ni de l’hormone la plus importante secrétée dans une période de stress, même chronique. D’autres hormones ou neurotransmetteurs ont un rôle beaucoup plus important, notamment dans le dépôt de gras. Et, dans le stress chronique, il n’y a même pas systématiquement une augmentation de cortisol ! C’est la raison pour laquelle le mot « contribuer » est utilisé… À partir des symptômes du syndrome de Cushing, le rôle du cortisol a été amplifié, simplifié et déformé pour finalement dire que le cortisol provoque le « cortisol belly ».
Certes, le cortisol pourrait participer un peu à ce « cortisol belly », mais pas à la « cortisol face », c’est-à-dire avoir le visage gonflé, de l’acné et une augmentation de la pilosité. Les faces lunaires, assez caractéristique, apparaissent uniquement en cas de syndrome de Cushing ce qui diffère totalement de ce qui est montré sur les réseaux sociaux : des petites jeunes filles qui ont les joues rondes, simplement à cause de l’adolescence.
Être fatigué, anxieux, ballonné…, sont-ils des symptômes que l’on peut attribuer à cet excès de cortisol ?
M.-P. M. : Le cortisol peut participer à ces symptômes quand il est en excès, effectivement. Néanmoins, ce sont des symptômes de stress chronique dans lequel, bien d’autres molécules inflammatoires et neurotransmetteurs que le cortisol sont impliquées. Il s’agit d’une combinaison de nombreux facteurs qui agissent et interagissent entre eux. Se focaliser uniquement sur le cortisol est une erreur mais, sur les réseaux sociaux, se concentrer sur une seule cible est plus vendeur.
Avez-vous des conseils pour les personnes qui auraient ces symptômes associés au « cortisol belly », comme la fatigue, l’anxiété, le stress chronique… ?
M. -P. M. : La source de ce cortisol trop élevé est le stress. C’est donc ce dernier qu’il faut combattre, pas le cortisol. Ce qui est vendu sur les réseaux sociaux, ce sont des produits pour faire baisser son taux de cortisol, ce qui est absurde parce qu’il n’est pas forcément haut…
Dans mon livre, je rappelle qu’il faut commencer par se questionner sur son hygiène de vie. Revenir sur des fondamentaux que tout le monde connaît qui sont :
• Bien dormir ;
• Manger de façon équilibrée ;
• Faire du sport ;
• Avoir des relations sociales.
Je le détaille d’un point de vue hormonal, physiologique, pour que les personnes soient informées avant de se lancer dans des cures de compléments ou de régimes alimentaires « anticortisol » qui n’ont aucune validité scientifique.
Pour aller plus loin
Mais est-ce vraiment le cortisol ? Stress, prise de poids, troubles digestifs, maux de tête, acné… Que dit la science sur leurs rapports avec le cortisol ?
Par la Pr Marie-Pierre Moisan, avec la collaboration d’Alix Lefief‑Delcourt ; Éditions Vuibert ; 192 pages ; 19,90 euros.
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