En France métropolitaine, 14,5 millions de personnes de 15 ans ou plus, ont déclaré avoir une limitation fonctionnelle sévère en 2022, d’après la Drees*. Quant aux personnes âgées en perte d’autonomie, elles étaient au nombre de 2 millions en 2021 selon l’Insee. Le rôle des aidants est donc essentiel dans leur quotidien.
Un aidant sur trois consacre plus de 20 heures par semaine à s’occuper d’un proche, selon l’association Nouveau Souffle, qui a pour but de soutenir les proches aidants. Est considéré comme proche aidant, une personne s’occupant régulièrement, dans un cadre non professionnel, d’un membre de sa famille, d’un(e) amie(e) ou encore d’un(e) voisin(e), qui est âgé(e), en perte d’autonomie ou dans une situation d’invalidité.
8 à 11 millions de français
sont des proches aidants
Des problématiques minimisées
Au-delà des soins apportés par les professionnels de santé, les personnes aidées nécessitent un accompagnement continu, tant sur le plan pratique que psychologique. Ainsi, le quotidien de 8 à 11 millions de Français, les proches aidants, se voit rythmé par le soin apporté à leurs proches.
Il est courant qu’une fatigue physique et mentale s’installe : un aidant sur deux se sent démuni ou épuisé.
Hélène De Chantérac, cofondatrice de l’association Nouveau Souffle, partage les différents défis que rencontrent les aidants : « Il existe 5 types de difficultés : liées à l’organisation, à l’émotion, à la gestion de la relation, la prise de décision et enfin, au ressourcement et au répit ».
Comment devient-on aidant ?
Diverses raisons amènent l’aidant à s’occuper de son proche, notamment lorsque ce dernier est un membre de sa famille : l’amour, l’obligation, la peur ou même la culpabilité.
Dans certains cas, les aidants peuvent se retrouver dans une situation insidieuse : victimes de maltraitance par le proche aidé ou bien être sous son emprise.
De plus, les responsabilités des aidants sont multiples : s’informer sur la maladie du proche, l’aider aux tâches de la vie quotidienne, gérer les rendez-vous médicaux. Ils estiment être en manque de temps, de répit, mais également en manque de formation pour mieux gérer ce rôle. En effet, l’association Nouveau Souffle rapporte que 76 % des aidants n’ont jamais bénéficié d’un service dédié.
Un impact non négligeable sur la santé
Concernant le soin apporté aux personnes âgées, un dossier de la Drees réalisé en 2015 et se basant sur l’enquête CARE-Ménages révèle que 3,9 millions de personnes aident un proche de 60 ans ou plus à son domicile. Elles sont 19 % à déclarer une conséquence sur leur santé physique (fatigue physique, trouble du sommeil, problème de dos) et 37 % une conséquence sur leur santé mentale (fatigue morale, sentiment d’anxiété, de dépression).
La précarité chez les aidants
Au-delà du soutien moral et de l’aide pratique proposés, être aidant représente aussi un coût financier.
Ainsi, le baromètre 2017 de la Carac (une mutuelle française d’épargne) constate que 66 % des aidants familiaux y consacrent en moyenne 2 049 € par an.
Danièle, 61 ans, témoigne sur le site de l’association les Petits Frères des Pauvres : « J’ai gardé mon mari – qui avait eu un AVC – à la maison pendant 4 ans. Quand on vous dit que les aidants sont aidés, cela n’est pas toujours vrai. J’ai sollicité plusieurs fois des aides car je n’avais que la retraite de mon mari et on me les a toujours refusées. En 4 ans et demi, j’en ai essuyé des refus. C’est pénible de se sentir rejetée quand on demande de l’aide […] ».
« En 4 ans et demi, j’en ai essuyé des refus.
C’est pénible de se sentir rejetée quand on demande de l’aide. »
– Danièle, 61 ans
Aider… les aidants
Il existe une aide financière destinée aux proches aidants, plus exactement à ceux qui réduisent ou cessent leur temps d’activité professionnelle pour prendre soin de leur proche. Il s’agit de l’AJPA, l’allocation journalière du proche aidant, versée par la CAF.
Cependant, il est nécessaire de répondre à des critères bien précis afin d’en bénéficier (être salarié ou fonctionnaire, la personne aidée doit avoir un taux d’incapacité d’au moins 80 %, etc.). Aucune aide n’est donc disponible pour les retraités ou les étudiants.
Nouveau Souffle pour accompagner les aidants
Créée en 2014 par Hélène et Édouard De Chantérac, Nouveau Souffle est une association qui est au service des proches aidants et qui les guide dans leur quotidien. « Un petit nombre d’aidants franchit la porte de ces associations, explique Hélène De Chantérac. C’est donc notre rôle d’aller vers eux. Il ne faut pas attendre qu’ils soient complètement épuisés, qu’ils aient des problèmes de santé ».
La structure met en place des accompagnements personnalisés (entretien individuel sur les besoins des aidants) et collectifs (groupe d’entraide).
De plus, différents ateliers sont organisés, sur le sujet de la gestion des émotions, de la situation de maltraitance ou d’emprise, ou encore sur les moyens pour se ressourcer. Des activités artistiques sont également disponibles (chant, arts martiaux, modelage, etc.).
Ma Boussole Aidant, un outil pratique
Autre ressource disponible : Ma Boussole Aidant, une plateforme digitale gratuite qui a pour vocation de guider les aidants à trouver les bonnes informations et les bons interlocuteurs en fonction de leur situation. Les actions proposées ? Aide à domicile, formation pour les aidants, aménagement du logement, etc.
Marguerite Noblecourt, responsable des partenariats et de la communication chez Ma Boussole Aidant, révèle l’importance de se sentir bien en tant qu’aidant : « Je vais reprendre la métaphore des avions : en cas de dépressurisation des cabines, on dit qu’il faut d’abord mettre le masque sur soi avant de s’occuper de ses proches, car dans le cas contraire, personne ne va aller bien. C’est pareil pour les aidants ».
La journée nationale des aidants est organisée le 6 octobre, afin de sensibiliser et d’informer les personnes concernées.
*Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques.
Un tiers des aidants passe plus de 20h par semaine
à s’occuper d’un proche.
Selon une étude de la Drees parue en 2025, 58 % des aidants sont des femmes.
De plus, selon une enquête de l’Observatoire social de la ville de Paris et de la direction de l’Autonomie de la direction des Solidarités, 80 % des proches aidants à Paris sont aussi des femmes. Un chiffre logique puisque les femmes assument la majorité des tâches domestiques ainsi que la charge mentale qui les accompagnent.
Par Jessica Jhon
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