Le syndrome de l’intestin irritable : une maladie courante, mais méconnue

Tout le monde a parfois mal au ventre, c’est normal… pourtant, de nombreuses personnes souffrent quotidiennement, parfois jour et nuit. En cause ? Le syndrome de l’intestin irritable. Le point sur cette pathologie.

Nutrition

Qu’est-ce que le syndrome de l’intestin irritable ?

Le syndrome de l’intestin irritable (SII), aussi appelé colopathie fonctionnelle, est une maladie chronique caractérisée par des douleurs abdominales et des troubles du transit, souvent associés à des ballonnements. Les symptômes peuvent être quotidiens ou présents lors des poussées douloureuses ou crises.
« C’est une maladie courante : on estime entre 5 et 10 % de la population qui serait concernée ! Mais parler de problèmes digestifs reste tabou et les patients souffrent souvent des années en silence avant de consulter… », s’émeut le Pr Jean-Marc Sabaté, gastroentérologue à Colombes et chercheur à l’Inserm.
Les femmes semblent deux fois plus touchées que les hommes. Tout le monde est concerné : de l’adolescent à la personne âgée.

Un mal de ventre qui dure… des mois !

Tout le monde a déjà eu mal au ventre… Les causes sont généralement connues et sans gravité : excès alimentaire, indigestion, virus, etc. Mais dans le cas du SII, les causes sont mal identifiées et variables d’un patient à l’autre. Difficile donc de connaître l’origine du mal !
La récurrence des douleurs et des troubles du transit est un signe : des douleurs qui reviennent ou durent depuis plus de 3 mois, ce n’est pas normal. Mais cela peut aussi correspondre à d’autres maladies digestives, d’où l’importance de consulter ! Le Pr Sabaté explique : « Certains symptômes peuvent être considérés comme des signes d’alerte : la perte rapide de poids, des douleurs nocturnes ou du sang dans les selles doivent pousser à consulter rapidement son médecin généraliste. »

Un diagnostic qui peut prendre plus de 2 ans…

Une des difficultés principales dans le SII, c’est son diagnostic. Contrairement à d’autres pathologies, il n’existe pas de marqueur biologique spécifique (par exemple un anticorps précis à rechercher dans le sang, des signes sur des examens d’imagerie ou sur la coloscopie) dans cette maladie. « Pas encore ! explique l’expert, mais nous espérons que la recherche parviendra à trouver un marqueur qui simplifierait et raccourcirait le diagnostic ». Une étude récente indiquait en moyenne 2 ans d’attente entre le début des symptômes et l’annonce du diagnostic de SII !

Comment fait-on le diagnostic ?

Pendant longtemps, le SII a été diagnostiqué par exclusion des autres maladies gastro-intestinales dont on connaissait les marqueurs : à défaut d’être une maladie de Crohn, un cancer du côlon, une rectocolite hémorragique, etc., si tous ces marqueurs étaient négatifs, le diagnostic de colopathie fonctionnelle était posé. Désormais, des critères précis et connus par les généralistes et les gastroentérologues sont utilisés pour définir le SII sur les symptômes des patients (ce sont les critères de Rome).

Une alimentation adaptée

Les formes de SII sont multiples et malheureusement, il n’existe aujourd’hui aucun traitement « universel » pour les soigner. Cette pathologie étant fonctionnelle, l’alimentation fait partie des facteurs qui peuvent parfois améliorer l’état des patients.
Mais là encore, à chaque patient son régime, comme l’explique notre expert interrogé : « Généralement, les patients évitent, consciemment ou non, des aliments, comme les aliments gras ou les aliments qui favorisent les fermentations, d’autres évitent ceux contenant du lactose. Certains patients sont soulagés en supprimant le gluten ou les FODMAPs [différents sucres naturellement présents dans les aliments] d’autres non. Pour proposer un régime adapté, il faudrait avoir pu faire auparavant une analyse détaillée de l’alimentation et des aliments qui provoquent des symptômes. En pratique, on propose parfois certains régimes, que les patients poursuivent s’ils ont une amélioration durable de leur état. »

Des laxatifs aux antidépresseurs

« Étant donné les tableaux cliniques variés, nous devons tester différentes stratégies pour trouver un traitement qui améliore les symptômes. Ceci peut paraître long pour le patient qui souffre, mais nous n’avons pour l’instant pas de critères prédictifs de l’efficacité d’un traitement ou de traitement qui convienne à tous les patients », détaille le Pr Sabaté.

Parmi les traitements qui peuvent soulager les patients :

  • les ralentisseurs de transit (pour les patients souffrant de diarrhées),
  • les laxatifs (pour ceux souffrant de constipation),
  • les antispasmodiques (pour diminuer les douleurs, les ballonnements, les crises ou leur intensité),
  • les pansements intestinaux et l’argile (pour diminuer les ballonnements et les douleurs intestinales),
  • les antidépresseurs (ils agissent au niveau du tube digestif, traitement en seconde intention),
  • les probiotiques (la flore intestinale ou microbiote joue un rôle dans la maladie),
  • etc.

Ces traitements doivent être discutés avec le médecin généraliste ou le gastroentérologue.

Place des médecines « douces »

Malheureusement, les régimes et les traitements ne suffisent parfois pas à soulager les patients qui souffrent de douleurs chroniques. L’apport des médecines alternatives telles que l’hypnose, l’acupuncture, la relaxation ou l’ostéopathie peut être utile. « Des études ont prouvé l’efficacité de l’hypnose, c’est moins évident pour les autres traitements, mais nous voyons parfois des soulagements pour des patients qui étaient sans solution thérapeutique jusqu’alors », précise le Pr Sabaté.

Une maladie qui isole

Contraignante, cette pathologie a des répercussions sur la vie sociale, professionnelle et intime des malades.

Sociale, car il est difficile lorsqu’on souffre de problèmes digestifs de s’éloigner des toilettes et d’être serein.

Professionnelle, car la fatigue due aux douleurs, mais aussi le handicap qui l’accompagne peuvent rendre la concentration et donc l’efficacité compliquées à maintenir pendant 10 heures par jour.

Et enfin intime, car la vie des malades peut être difficile à comprendre pour les proches et pour les conjoints des malades.

Le Pr Sabaté confirme : « les patients ont parfois l’impression d’être incompris par leur entourage, aussi bien professionnel que personnel. Il faut les inciter à expliquer leur maladie et les conséquences. C’est l’un des rôles de l’association Apssii qui permet aux patients d’échanger sur leur maladie et de les accompagner. »

Gaëlle Monfort


Livre-colopatheLa bible du colopathe

 

 

« Intestin irritable, les raisons de la colère »
par le Pr Sabaté, aux éditions Larousse, 287 pages, 15,95 €.

 

 


 

L’association

L’Apssii est l’association de patients souffrant du syndrome de l’intestin irritable. Elle a pour but d’informer sur la maladie, de promouvoir la recherche et de permettre aux patients de sortir de l’isolement.

Plus d’infos : www.apssii.org


 

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