Première maladie neurologique en France, la migraine touche environ 15% des adultes. Pourtant, malgré l’arrivée de traitements innovants et efficaces, leur remboursement reste soumis à des conditions drastiques.
Par Diane Hassoun
La migraine touche environ 15 % des Français adultes, et est l’une des maladies neurologiques les plus fréquentes. Selon la Fédération française de neurologie (FFN), cette affection touche en grande majorité des femmes et les personnes entre 35 et 39 ans. Depuis quelques années, sont apparus progressivement en France de nouveaux traitements pour lutter contre ces maux de tête importants et chroniques.
La Dr Amalia Ghergu est responsable du service Neurologie, au Centre hospitalier de Sens, le seul dans le département de l’Yonne. Aujourd’hui, la neurologue explique et décrypte les avancées dans les traitements des céphalées migraineuses.
La migraine et ses mécanismes
« La migraine ne doit pas être banalisée car, quand elle est fréquente, c’est une affection qui perturbe la vie familiale, sociale et professionnelle », souligne la Dr Ghergu.
Souvent banalisée par ceux qu’elle touche, cette pathologie est bien neurologique. La migraine se caractérise par des crises à répétition, et est considérée comme chronique lorsque les maux de tête sont présents plus de 15 jours par mois, pendant plus de 3 mois.
Douleurs, vomissements, nausées, sensibilité aux bruits, avec ou sans aura… Les symptômes sont multiples et varient selon les patients. Les origines sont encore mal comprises. Elles impliquent l’hypothalamus (une glande du cerveau), plusieurs régions du cortex cérébral et un défaut génétique. En revanche, les scientifiques ont pu établir que l’initiation d’une céphalée migraineuse est liée au système trigéminovasculaire. Derrière ce mot barbare se cache un système composé de nerfs et de vaisseaux :
• Le nerf trijumeau : un nerf sensitif de la face ;
• Les vaisseaux méningés : des vaisseaux sanguins qui irriguent les méninges, les membranes enveloppant le cerveau et la moelle épinière.
Dernier acteur principal à entrer en jeu : le peptide lié au gène de la calcitonine (le CGRP). Il s’agit d’une protéine qui « transmet et amplifie la douleur », précise la neurologue, dans ce fameux système trigéminovasculaire. Chez les migraineux, il a été constaté un taux de CGRP dans le sang plus important, ainsi qu’une plus grande sensibilité au peptide.
Jusqu’à présent, les traitements classiques dans la migraine reposaient, le plus souvent, sur les bêta-bloquants, les antihypertenseurs, les antidépresseurs et les antiépileptiques. « Ils sont efficaces mais avec une tolérance imparfaite et, surtout, ils ne sont pas spécifiques à la migraine », détaille la neurologue du centre hospitalier de Sens.
Une nouvelle cible révolutionnaire
Débarqués il y a quelques années en France, qualifiés de « révolutionnaires » par les médias avec des patients qui les attendent en trépignant, les nouveaux traitements contre les migraines ne sont pourtant réservés qu’à certains cas de figure et leur remboursement est extrêmement limité. Ce qui les rend si novateurs ? Ils interagissent d’une manière ou d’une autre avec la protéine CGRP, et ciblent donc directement la migraine, contrairement aux traitements classiques.
Des mécanismes d’action sur-mesure pour bloquer la douleur
Les gépants, utilisés en crise mais aussi en traitement de fond, sont des antagonistes des récepteurs du CGRP. Ces petites molécules viennent ainsi se fixer sur ces récepteurs à la place de la protéine produite par notre corps. Elles l’empêchent donc de transmettre son signal de douleur en cas de migraine.
Ils se présentent sous forme de comprimé oral à prendre quotidiennement.
De manière similaire, les anticorps monoclonaux anti-CGRP viennent bloquer soit la protéine elle-même, soit son récepteur. Ces médicaments entraînent « une diminution du nombre de jours de migraine, de leur durée et de leur intensité », explique Amalia Ghergu. « Injectables en sous-cutané chaque mois ou délivrés par perfusion tous les 3 mois, un seul d’entre eux est remboursable sur les 4 types d’anticorps existants », confie la neurologue.
Agissant d’une façon moins directe avec le CGRP, la toxine botulique de type A peut être injectée tous les trimestres. Elle est prescrite dans les cas de migraines chroniques résistantes aux traitements. « Les 31 injections se font selon un protocole particulier, le protocole “Preempt”, avec des points précis et répartis au niveau du crâne et du cou », détaille la médecin. N’en déplaise à certains, « les doses utilisées sont minimes, beaucoup moins importantes que celles utilisées en chirurgie esthétique ». Vous ne pourrez donc, malheureusement, pas rajeunir grâce à votre migraine.
Ajouter des jours à la vie
Tous ces médicaments, principalement préventifs, sont bien tolérés par les patients. Cependant, ils ne sont remboursés que sous certaines conditions très spécifiques :
• Lorsque les patients présentent au moins 8 jours de migraines par mois ;
• Après l’échec d’au moins deux traitements de fond ;
• Pour la plupart d’entre eux, les malades ne doivent pas présenter de risques cardiovasculaires.
Le traitement, si le patient y est éligible, est alors choisi « en fonction du profil particulier du malade mais aussi de ses disponibilités et de ses préférences. Certains choisissent de prendre une pilule chaque jour, d’autres de venir tous les trimestres recevoir leur traitement en intraveineux », précise la neurologue.
Et d’expliquer également : « Lorsqu’on met en place un traitement de fond de la migraine, on recherche bien sûr une diminution du nombre de jours de migraine, mais également une diminution de l’intensité des crises et du recours aux traitements de crise ». Par ailleurs, l’incidence sur la qualité de vie et le retentissement fonctionnel sera aussi évaluée par les médecins, grâce à des échelles dédiées.
Malgré les avancées de la science autour des nouveaux traitements, il n’en reste pas moins indispensable, pour tous les migraineux, d’adopter de bonnes mesures hygiéno-diététiques. « Il est primordial d’avoir une bonne hygiène de sommeil, de pratiquer une activité physique, d’essayer d’éviter le stress, de bien s’hydrater et de manger équilibré », rappelle la neurologue de Sens.
Aujourd’hui, les prises en charge proposées sont plus efficaces et plus personnalisées. Pourtant, certaines croyances populaires persistent encore, entre autres chez les personnes atteintes de migraines et dans des familles dites « migraineuses ». Il est notamment courant de penser qu’une personne atteinte devra apprendre à côtoyer cette maladie toute sa vie. En désaccord total avec cette affirmation, la Dr Amalia Ghergu ne cesse de marteler qu’« il ne faut pas vivre avec la migraine ! Lorsqu’il y a moins de jours de migraine, il y a plus de jours de vie ! ».
La France, à la traîne ?
Les anti-CGRP ne sont pas remboursés par l’Assurance maladie, à part dans des conditions très précises, malgré une efficacité démontrée et une bonne tolérance. La HAS a ainsi considéré que même s’ils étaient efficaces et utiles, ils n’apportent pas une amélioration et une supériorité suffisantes par rapport aux autres médicaments préventifs déjà sur le marché. La voix des migraineux, association de santé qui apporte de l’aide aux patients souffrant de migraines, se mobilise pour obtenir le remboursement des traitements, comme les anti-CGRP, en portant les dossiers devant la Commission de la transparence, en réalisant des démarches, des entretiens, des sondages, etc. En Europe, contrairement à la France, plus de 20 pays proposent une prise en charge des anticorps monoclonaux.
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